CHAPITRE XI
Be la oonsolalîon qu'elle reçut rendant le compte de sa oonsoience au serviteur de Bieu, et de la continuation de tes exercices.
Elle ne manqua point de profiter de la grâce qui lui avoit été offerte, et le débonnaire pasteur eut la patience de lui ouïr raconter toutes ses aventures dans Genève, enfin sa sortie, sa retraite dans Annecy, pour avoir Thonneur de vivre sous son unique conduite et l'attente où elle étoit du moment que Dieu lui avoit destiné, pour lui faire cette grâce. L'homme apostolique admira la sagesse de cette pauvre fille, et il lui accorda la faveur qu'elle demandoit. Il ne lui fallut point de fortes persuasions pour l'obtenir, puisque le confessionnal de l'Évêque étoit indifféremment ouvert, aussi bien que son cœur, aux pauvres«et aux riches. Elle eut donc la consolation de n'avoir plus d'autre confesseur ordinaire, et ce grand homme, qui étoit si élevé en Dieu et si expérimenté en la conduite des âmes, a dit souvent k notre très-digne mère De Chantai que Jacqueline lui avoit servi plu-
sieurs fois d*exemples de patience et de tranquillité d'esprit, lui ajoutant : « Ma chère Mère, je crois qu'elle ne recevra jamais le reproche que Notre Seigneur fit à sainte Marthe, parce qu'en vérité elle ne se trouble point pour la multitude, et dans la presse des affaires elle vit sans empressement, joignant au tracas inséparable du travail extérieur de Marthe, la quiétude et le repos intérieur de Madelaine, ne travaillant que pour cet amour sacré, qui est Tunique bonheur et qui ne lui sera jamais ôté. »
Il disoit encore que Texemple de cette fille Tavoit confirmé hautement dans la pensée qu'il n'est point d'exercice ni de condition au monde, ou l'on ne puisse servir Dieu et pratiquer la sainte dévotion, pourvu que l'on ait une bonne volonté de le faire, et que l'âme soit fidèle à la grâce de sa vocation ; car la Providence, dont la conduite est tout amoureuse et paternelle, n'y engageroit point un de ses enfants, s'il ne pouvoit y acquérir la sanctification et la perfection de Tamour divin, selon la mesure de la donation céleste qui lui en est libéralement départie.
En ce commencement, il permit à notre sœur Jacqueline de communier tous les quinze jours, et bientôt, à cause des fruits qu'elle recevoit de cette réelle union de son cœur avec son Dieu, il lui permit des communions encore plus fréquentes. 11 se servoit aussi de sa fidélité
pour distribuer ses aumônes secrètes à des personnes pauvres et honteuses qui, à raison de leur qualité, n'osoient faire paroître les extrêmes nécessités où elles étoient réduites, et aux besoins desquelles il avoit soin de pourvoir et par le peu de faculté qu'il recueilloit de ses revenus et par les assistances qu'il demandoit aux personnes charitables.