‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 66 sur 94 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

la pwelè de m ooatcieiMie et de la révélation qu'elle eut de l'èUbliMement fkrtur de notre Institut.

Cette bonne sœur avoit la conscience si pure, que la moindre ombre du péché lui donnoit un grand scrupule; elle en rendit un illustre témoignage un jour qu'elle vint tout éplorée trouver son charitable directeur, lui disant qu'elle avoit eu un petit sentiment d'envie contre une autre servante qui vouloit venir le trouver pour se confesser à lui, et qu'elle l'avoit rudement rabrouée, parce qu'elle avoit l'haleine puante. « Et cependant, lui dil^elle, Monseigneur, il me souvient que votre charité nous a enseigné qu'il faut nous estimer toujours moindre que les autres. » Le serviteur de Dieu lui répondit: « Oma fille, la grande faute ! Ne savez-vous pas que Dieu m'a créé et destiné pour le service des pauvres et des infirmes? Amenez-moi cette fille, c'est de cette sorte de personnes qu'il me faut. » La bonne pénitente, confuse, obéit ; elle amena cette personne extrêmement

puante et punaise. Le serviteur de Dieu ayant appris que plusieurs autres Tavoient rebutée à raison de son incommodité, lui ordonna de venir toujours vers lui à la confession, tout le temps qu'elle trouveroit sa direction utile pour son avancement intérieur; et, de crainte que les personnes infectes et infirmes fussent abandonnées et privées de la participation des sacrements par la délicatesse ou parle peu de charité des confesseurs, il donna pour pénitence à la bonne Jacqueline de s'informer de tous les plus infects, misérables, et de l'en avertir, afin de pourvoir à leurs nécessités spirituelles et corporelles. Il voulut aussi qu'elle lui déclarât les désordres qui se commettroient dans l'hôtellerie, comme les jeux, les débauches, les jurements et blasphèmes, afin qu'il pût invectiver en chaire puissamment contre les vices publics et scandaleux, et les déraciner de son diocèse, y employant même les foudres de l'Église, si ses admonitions paternelles n'étoient pas assez efficaces. Il lui ordonna particulièrement de lui donner avis si quelque prêtre du diocèse alloit boire et manger dans les tavernes, contre les expresses défenses de ses statuts synodaux.

Une fois, cette bonne fille se confessant, elle lui dit que Dieu lui inspiroit un très-ardent désir de quitter le service du monde, pour avoir l'honneur de le servir en sa sainte maison et en la personne de ses épouses ; et parce

qu'alors le seul monastère des Clarîsses étoil dans celle ville d'Annecy, et qu'il avoit grande inclination pour ces bonnes religieuses, qui furent chassées de Genève lorsque rhérésie en bannit les fidèles, il lui demanda si elle désiroit d'entrer en qualité de converse dans le couvent. Elle lui répondit : « Monseigneur, ce n'est pas ce que je vtttx dire. Où est-cedonc, lui répartit-il, que vous avez le désir de servir les épouses de Jésus-Christ? Monseigneur, répondit-elle, je veux engager mes services pour les religieuses que vous établirez. Hé! qui vous a dit, répartit ce pasteur charitable, que je dois établir un monastère de religieuses? Personne du monde, répondit-, elle, Monseigneur, mais je ressens continuellement ce mouvement dans mon cœur, et je le vous dis. »

Cette parole toucha sensiblement le cœur du serviteur de Dieu, qui n'avoit encore découvert à pei*sonne son dessein pour l'établissement de notre Institut, dont le plan lui avoit été montré peu de temps auparavant en une merveilleuse extase qu'il eut au sortir de l'autel dans la chapelle du château de Sales. Ce fut pourquoi le 19 septembre 1608, écrivant à notre très-digne mère De Chantai, il lui en parle en ces termes : « Au « reste, ma fille, il faut que je vous dise que dimanche » dernier je fus très-consolé : une paysanne de naissance, « très-noble de cœur et de désir, me pria, après l'avoir « confessée, de la faire servir les religieuses que je vou-

« lois établir. Je ni'enquis d'où elle savoit une nouvelle « encore toute cachée en Dieu? De personne, me dit-elle, « mais je vous dis ce que je pense. Dieu, dis-je en « moi-même, avez-vous donc révélé votre secret à cette « pauvre servante? Son discours me consola beaucoup, « et j'irai tant qu'il me sera possible, encourageant et « soutenant cette fille, la croyant autant pieuse et stu- « dieuse qu'il est requis pour servir en notre petit com- « men cément, »

En un autre billet, il dit à notre même Mère et Fondatrice : (( Cette bonne servante. prétendue me demande « souvent quand Madame viendra? Voyez-vous, ma « fille, votre venue lui est bien à cœur, parce qu'elle « espère de servir bien Dieu en votre personne et en « celle des filles et femmes qui seront si heureuses que « de vous suivre en la petite, nwiis sainte et aimable « retraite que nous méditons. »

En l'année 1609, écrivant à la même très-digne Mère et Fondatrice, il veut bien faire l'éloge de cette bonne fille en ces termes : « Votre Anne-Jacqueline, dit-il, me con- (( tente toujours plus. La dernière fois qu'elle se con- « fessa, elle me demanda la licence, pour se préparer et « accoutumer, dit-elle, à être religieuse, de jeûner les (( avents au pain et à l'eau et d'aller nu-pieds tout l'hiver : « ô ma fille, il vous faut dire ce que je lui répondis, car « je l'estime aussi bon pour la maîtresse que pour la

« servante : que je désirois que les filles de notre congré- « gation eussent les pieds bien chaussés, mais le cœur « bien déchaussé et bien nu des affections terrestres; « qu'elles eussent la tête bien couverte et Tesprit bieu « découvert, par une parfaite simplicité et dépouillement « de la propre volonté. »

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