‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 7 sur 94 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Be ton humilité en plutieuri renoontreiy et du grand désir qu'elle eut de servir les pestiférés.

Notre Seigneur a dit que personne ne peut avoir une plus grande charité que de mourir pour ses frères, et il Ta confirmé par son exemple, donnant sa vie et répandant jusqu'à la dernière goutte de son sang précieux pour le salut des pécheurs. Les Saints ont tous suivi l'exemple de leur divin Maître ; il n'en est pas un qui n'ait brûlé d'un ardent désir de mourir pour son prochain, ce qui fait que l'Eglise chante en l'honneur de plusieurs, quoique le glaive du tyran leur ait manqué, ils n'ont pas manqué néanmoins d'avoir la couronne du martyre, parce que la bonne volonté ne leur a pas manqué, et, s'ils n'ont pas été martyrs pour la foi, ils l'ont été pour la charité, qui est l'accomplissement de la foi et la reine des vertus théologales.

Notre bonne sœur a eu grande part à cette gloire pour l'ardent désir qu'elle eut de mourir au service des pesti-

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férés l'année 1629. La maladie affligeant le pays, et les nécessités publiques étant extrêmes, elle se mit à retrancher de son vivre pour que Taumône des pauvres en fût plus abondante. Et, comme on lui fit défense de continuer, parce qu'elle tomboit en défaillance d'exinanition ; « Eh ! mon Dieu ! disoit-elle, un si grand nombre de personnes qui valent mieux que moi n'ont pas un morceau de pain, faut-il que j'aie si bien tout ce qui m'est nécessaire? Du moins, ajoutoit-elle, si je pouvols mourir servant les malades et donner tout d'un coup ma vie pour eux, puisque l'on ne veut pas que je retranche rien de mon aliment ! » Mais l'humilité lui fit perdre l'espérance d'accomplir ce que la charité lui inspiroit, ayant ouï rapporter que le révérend père Binet, jésuite, avoit écrit sur ce sujet, et qu'il avoit osé dire que ceux qui meureût au service des pestiférés meurent martyrs de la charité, elle s'estima du tout indigne de cette grâce et vint dire naïvement à la récréation : « J'avois toujours espéré de servir nos sœurs malades ; mais, maintenant que ce bon Père m'a fait connoître que c'est une chose si grande et si relevée, il ne m'y faut plus prétendre rien : je connois trop que je suis indigne d'un si saint emploi. » Une autre fois, ayant ouï parler de ceux qui appréhendoient ce mal, elle dit : « Mon Dieu, n'est-ce point un mauvais signe en moi? J'ai fait tout ce que j'ai pu pour appréhender la peste, et, quoi que je puisse faire, je n'en puis avoir la

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moindre appréhension, parce que je sais qu'il ne nous peut rien arriver que par la providence de Dieu, qu'il me semble qu'il f^t aimer en toute occurrence. »

La dernière fois de sa vie qu'elle eut permission de s'entretenir, pour le mois, avec les Sœurs, voyant que chacune avoit pris sa compagne et qu'elle restoit seule, n'ayant osé se joindre aux autres, et disant : « Tu n'es qu'une rustique ; il faut bien le donner garde de Rapprocher d'aucunes, si tu ne veux les mortifier, à quoi il ne faut point penser, puisque c'est le temps d'une consolation spirituelle ; mais je sais bien, dit-elle en sa bonne foi, ce que j'ai à faire : personne ne m'a prise et je n'ai osé prendre personne; pourtant je ne demeurerai pas seule : je m'en vais trouver mon bon et très-honoré Père. » Ce qu'elle fit, demeurant quatre grosses heures devant le tombeau du serviteur de Dieu ; encore ce temps lui sembla fort court. Elle raconta ensuite, avec une grande innocence, les discours qu'elle avoit faits à ce vénérable sépulcre, et elle assura à notre digne Mère qu'elle lui avoit parlé avec la même confiance qu'elle faisoit lorsqu'elle le voyoit en vie :

« Mon bon et très-honoré Père, puisque vous m'avez « fait l'honneur de me donner place dans cette mai- « son, comment permettez-vous que je vous y désho- « nore? J'ai fait tels et tels manquements. » Et elle lui faisoit une déduction de tous les défauts qu'elle croyoit

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avoir commis, et elle protesta qu'elle croyoit que cet homme de Dieu lui répondoit intérieurement. Après quoi elle demeuroit en oraison tranquille, et jouissant d'une douceur si suave que les quatre heures lui semblèrent nwins qu'un moment. L'impression de cette faveur céleste lui demeura si profondément gravée au foffd du cœur, que plusieurs semaines le sentiment et la suavité en parurent sur son visage.

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