‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 74 sur 94 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comme elle est appelée dans l'enfance à la vie religrieuse par «ne merveilleuse vision.

Il ne faut pas s'imaginer que la mort qui nous prive delà présence visible de ceux qui nous ont aimé nous sépare de leur communion parce qu'ils sont dans le ciel en la compagnie des anges, ni qu'ils perdent le souvenir de nos foiblesses parce qu'ils sont entrés dans les puissances du Seigneur. Il ne faut pas croire qu'ils abandonnent le soin qu'ils ont eu de nous parce qu'ils sont unis à Celui qui a soin de toutes choses, ni que leur charité soit éteinte parce qu'elle est consommée.

Le fleuve qu'ils ont passé n'est pas celui de l'oubli de ceux qu'ils ont aimés. Pourquoi serions-nous moins présents à leur mémoire, lorsqu'ils contemplent ce Verbe, qui est engendré de la mémoire féconde du Père? Chacun des bienheureux voit dans l'essence divine, comme dans un miroir resplendissant, tout ce qui appartient à son état ; un père voit les besoins de ses enfants, et son pouvoir

386 MARIE-PÉROISNE PERNET.

étant plus grand pour les assister, sa volonté est aussi plus efficace pour le faire.

Une nouvelle vision dont fut favorisée cette chère sœur fait bien connoître que Monsieur son père, qui n'eut pas le temps de lui témoigner sur la terre les effets de son amour, ne la mit pas en oubli dans le ciel.

Elle n'étoit âgée que de douze ans. S'étant endormie environ le midi, sur une galerie, en une maison cKampêtre de sa mère, son père, qui étoit devant Dieu, lui apparut vêtu de blanc et àTangélique, ayant les cheveux crêpés et épars sur les épaules, les pieds et les bras à moitié découverts. Il l'appela d'une voix douce et suave, et lui dit : « Venez, ma fille, suivez-moi. » Elle se leva du lieu où elle étoit, et le suivit, et voyant qu'il falloit sortir du logis, elle appela une fille pour l'accompagner, n'osant paroître seule, lant la pudeur et l'honnêteté lui étoient naturelles. Elle suivit donc son père, que sa compagne ne voyoit point. Il marclioit très-vite, et il la mena dans un champ. Là il s'assit sur une pierre, et lui fit signe de la main qu'elle ne s'approchât point de lui, la faisant éloigner de quatre ou cinq pas : alors il prit un grand et beau papier , et il écrivit en gros caractères, en lettres d'or et en langue vulgaire : Ecoutes, ma fille, et voyez : ouvrez votre oreille, mettez en oubli votre pet^ pie, et la maison de votre père, et le Seigneur aimera votre beauté. Il lui exposa ce papier, pour le lui faire lire; et

puis il le plia et le mit dans son sein et disparut. La fille qui accompagnoit Péronne étoit surprise de voir cette enfant, hors de soi-même, ayant un visage éclairant comme un astre, et si attentive qu'elle paroissoit être en extase. Quand Péronne fut un peu revenue de son ravissement, elle lui demanda ce qui s'étoit passé et quel objet elle avoit vu! L'enfant lui raconta naïvement sa vision et les sentiments de son cœur disposé à suivre la voix de Dieu. De retour au logis, elle raconta le même à sa bonne mère,' qui pria son confesseur de se porter sur le lieu pour examiner cette affaire et considérer si ce n'étoit point quelque illusion. Mais le témoignage de la servante et les autres circonstances au récit desquelles elle ne varia jamais, non plus qu'en ses réponses, quoiqu'on lui fît des demandes fort embarrassées, le tout étant mûrement pesé, chacun estima que c'étoit une vraie apparition et l'effet qui s'ensuivit le prouva bien.

Ne vous semble-t-il pas de voir en cet enfant une image de Jésus qui, à l'âge de douze ans, est appelé pour quitter la maison de sa sainte Mère et s'aller rendre dans le temple, pour obéir à la voix de son Père céleste? Ou ne direz-vous pas que c'est le petit Samuel qui, étant endormi devant l'Arche, écoute la voix de Dieu qui l'appelle, et d'une voix que le Grand-Prêtre lui-même n'est pas jugé digne d'ouïr.

Page 1