‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 75 sur 94 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Be ta dévotion à la Vierge et du vœu de chasteté qu'elle fit devant ion imaçe.

Cette apparition donna les premiers mouvements à sa vocation ; mais, comme saint Ambroise remarque que le prince de Syrie, Naaman, ne put jamais se résoudre d'aller trouver le Prophète qui lui devoit ordonner ce bain salutaire où il recouvra la santé, quelque avis qu'il en eût, qu'après avoir pris le conseil d'une jeune demoiselle qui étoit à la princesse sa femme, et qui se nommoit Marie, Dieu commençant dès lors de faire honorer ce nom sacré en figure, pour faire connoître que Tatcomplissement de tous les bons desseins est un effet du recours dévot et confident que nous avons à Marie; cette petite, pour ne perdre pas la grâce de sa vocation, redoubla ses dévotions à la Sainte Vierge. Elle se mit de nouveau sous sa protection, la conjurant par ses bontés maternelles de lui faire connoître les volontés de son Fils et ses desseins éternels sur elle. Toutes les fois qu'elle

passoit devant une image de cette Reine, qui est devant la porte de l'église des révérends pères Dominicains, elle la saluoit dévotement et lui renouveloit sa prière, la conjurant de lui faire connoître la vocation pour laquelle elle étoit destinée. Alors, dit-elle, il lui sembloit que la Vierge des vierges Tappeloit à sa suite, et qu'elle écoutoit une* voix intérieure qui lui disoit distinctement au fond de son cœur : « Ma fille, je suis la Reine et la Mère de toutes les vierges, qui ont le privilège de suivre l'Agneau partout où il va ; vous êtes destinée pour être de cette bienheureuse et virginale troupe. Ecoutez ma voix, et vouez votre virginité entre mes mains; je vous prendrai sous ma protection, je vous recevrai pour ma fille et vous reconnaîtrai et protégerai comme mientie. » Durant fort longtemps elle écoutoit, et, un jour, elle se trouva si vivement inspirée que, se rendant à la force et à la douceur de Tattrait, elle se jeta à genoux devant limage de sa divine Maîtresse, lui disant : « Ma chère « Maîtresse, puisque vous êtes la Reine des vierges, je « me prosterne à vos pieds sacrés, et je vous prends dès « l'heure pour mon unique Reine et Maîtresse.

(( Je vous conjure, sans considérer mon indignité, de « me faire l'honneur de me recevoir au nombre de vos « très-humbles servantes, et, puisque vous me faites la « grâce de me désirer vierge, de tout mon cœur je fais « vœu de virginité perpétuelle entre vos mains, vous

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(( protestant que je n'aurai jamais autre Epoux que votre « Fils.

« Je vous conjure donc, ma divine Mère, de conserver « sans atteinte la pureté de ce corps infirme et de ce « pauvre cœur qui n'est plus à moi, mais à vous, ma « sainte Mère, et à votre sacré Fils. »

Elle n'étoit âgée que de douze ans lorsqu'elle fit ce vœu, et, pour le rendre plus fenne et plîis solide, elle pria son confesseur de le recevoir et de l'approuver, le renouvelant et confirmant en sa présence.

Notre vénérable père François de Sales, dès Tâge de dix-sept ans, ayant remis sa chasteté entre les mains de la Vierge, dans son église de Notre-Dame de Paris, l'avoit prévenue par son exemple ; elle l'imita pour se rendre digne d'être sa fille, et il ne faut point s'étonner si la pureté de son cœur a paru incorruptible et inaltérable, puisque la Sainte Vierge peut dire de ceux qui se dévouent à elle, ce que son Fils assure de ceux que son Père lui a donnés : Mon Père, je n'ai pas perdu un seul de ceux que vous m'avez donnés ; mes brebis écoutent ma voix, je les connois et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle; elles ne périront point éternellement et personne ne me les ravira, et ne les enlèvera jamais d'entre mes mains. Néanmoins, cette parfaite confiance qu'elle eut en la protection de la Vierge ne lui fit rien relâcher de ses soins continuels à veiller sur moi-même, et à fuir les

occasions et les objets qui pouvoient altérer ou mettre en péril sa pureté.

Elle fuyoit la conversation des hommes comme s'ils eussent été des monstres ; et les personnes qui ont demeuré avec elle, tout le temps qu'elle a vécu dans le monde, ont assuré qu'elle avoit fidèlement observé en leur endroit le pacte que le saint homme Job avoit fait avec ses yeux, au regard des femmes; que jamais en sa vie elle ne regarda ni envisagea aucun homme mortel. Non-seulement on ne lui put jamais persuader d'aller la gorge découverte, suivant la coutume de ce temps-là ; au contraire, elle inventa une certaine mode de mouchoir de cou, qui la fermoit plus étroitement qu'une religieuse. Elle ne laissoit en vue de son visage que ce que la bienséance ne lui permettoit pas de cacher. Un jeune gentilhomme, qui étoit venu au logis voir madame sa mère, ayant feint de vouloir ôter une épingle de son mouchoir de cou, elle se mit à pleurer si amèrement que madame sa mère eut toutes les peines du monde d'arrêter ses larmes. Est-il possible, disoit-elle en soupirant, que j'aie si peu de modestie que mes actions aient donné la liberté à un jeune homme de vouloir se jouer à moi? Misérable ! si j'eusse été dans le maintien d'une vierge qui s'est vouée à Dieu, il ne m'eût regardée qu'avec respect, et il n'eût pas eu la témérité de s'approcher de moi ni de s'émanciper à cette licence.

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Cette précaution et vigilance donnoient bien à connoitre qu'elle étoit du nombre des âmes fidèles et prédestinées, dont parle le prince des apôtres, qui, attendanl tout de Dieu, et qui se défiant en tout d'elles-mêmes, veillent sans cesse et travaillent pour s'assurer de leur vocation, et pour la rendre plus certaine par des bonnes œuvres.

Notre glorieux fondateur, envoyant une fois aux champs le confesseur de cette petite, lui dit : « Monsieur, remettez-moi vos filles spirituelles, afin que, pendant votre absence, elles ne demeurent pas sans guide ; vous verrez que j'en aurai bien soin et que je vous en rendrai bien compte. » Entre celles qui lui furent remises, furent cette chère fille et madame sa mère. Le serviteur de Dieu, ayant considéré la pureté de ce cœur virginal, en eut de l'admiration, il ne put s'empêcher de dire tout haut : Cette petite ici est la vraie fille de la Vierge, Auparavant, à cause de sa rare modestie et merveilleuse pudeur, on lanommoit le petit ange d'Annecy ; et, dès lors on ajouta à cette épithète illustre, la qualité de vraie fille delà Vierge.

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