‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 76 sur 94 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bile déclare la vocation et reçoit l'habit de novice dam l'Institut.

A Tàge de quinze ans, se voyant en état de pouvoir être reçue dans la religion , elle découvrit à sa mère cet ardent désir d'être religieuse, que Dieu lui avoit inspiré dès longtemps et dont elle avoit eu des prédictions manifestes, même en sa naissance.

Sa bonne mère, pour éprouver si elle étoit animée de Tesprit de Dieu, s'efforça de lui dissuader ce dessein. Elle lui dit qu'elle avoit mis toute son espérance en elle, qu'elle en attendoit toute sa consolation, et qu'elle s^étoit promis de vivre et de mourir en sa compagnie. Péronne lui répondit si admirablement et lui allégua des raisons si fortes et si convaincantes , qu'il fut trop visible que c'étoit le Saint-Esprit qui opéroit en elle et qui parloit par sa bouche. « Hé quoi! ma chère mère, lui disoit- « elle, vous qui êtes si vertueuse, et qui faites profes- (( sion publique d'être toute k Dieu, voudriez -vous

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a prendre le parti du monde contre Dieu et entrer dans « les sentiments intéressés des enfants du siècle, pour « vous opposer à la volonté de Dieu? voudriez-vous me « persuader ce que vous-même condamneriez en une « fille mondaine? Que répondrions-nous, vous et moi, « à Jésus-Christ , au jour du jugement, lorsqu'il nous « demanderoit compte de cette grâce qu'il m'a inspirée? « il vous diroit, vous m'avez tous les jours offert votre « fille, et puis vous me l'avez refusée au moment du « sacrifice ; falloit-il me présenter une victime, si l'on « n'avoit pas dessein qu'elle me fût consacrée? Êtoit-ce « pour me jouer ou pour se moquer de moi , que vous « me présentiez cette offrande? Vous avez empêché « votre fille d'entrer en mon service pour l'engager « dans le monde; qu'en vouliez-vous faire au monde? « Croyez-vous que son salut y fut plus assuré que dans « la religion ? Ignoriez-vous combien les âmes les plus « saintes y courent de périls? Vous la voulez pour vous « faire compagnie; et, quand la mort viendra vous suret prendre, à quoi lui servira votre compagnie? il falloit « lui procurer une compagnie qui ne la quittera jamais « et vous contenter de l'espérance de la voir éternelle- « ment en votre compagnie dans le ciel. Et à moi , ma « bonne mère, quel reproche me feroit^il? Ingrate et « infidèle, me diroit- il, oii est la reconnoissance des « grâces que je t'ai faites dès l'enfance? Je t'ai appelé

MARÏE-PÉRONNE PERNET. 398

« dès que tu sus te connoître pour me suivre dans la « religion, et tu as fermé Toreille à ma voix ; tu as mieux « aimé les ténèbres que la lumière ; le monde a eu plus « d'attraits pour ton cœur que mon amour, et , par une « vaine complaisance, tu as plutôt déféré a Tinclination « sensible de ta mère chamelle , qu'à la volonté de ton « Père céleste. »

« Lorsque je me présenterai à la porte de son cabi- « net, n'auroit-il pas sujet de me dire comme aux folles « vierges : Retirez-vous, retfeez-vous. je ne vous connois « point? Ma chère mère, ne faites point cet outrage à « votre vertu, et ne me faites point perdre la couronne « que l'Amant céleste m'a préparée. »

Sa vertueuse mère a raconté tout ceci, ajoutant qu'outre ces convictions elle lui remit en mémoire l'apparition de son père , et le verset de David qu'il lui avait fait lire dans le livre. Elle lui protesta que, dès ce moment, ce verset étoit demeuré si fortement gravé dans son souvenir, que l'idée en étoit continuellement présente à son esprit. Elle lui déclara le vœu de virginité qu'elle avoit fait devant l'image de la Sainte Vierge, et que la voix intérieure de cette Reine des vierges qui l'appeloit à la suivre dans l'Institut dès ce moment, frappoit toujours l'oreille de son cœur ; que son confesseur, à qui elle avoit toujours rendu un compte fidèle de toutes ses dispositions intérieures, pouvoit répondre de sa persévérance

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sans attende înterrupUon, dans les ardents désirs d'être religieuse.

Enfin sa bonne mère, voyant que celui qui voulut autrefois accomplir sa louange par la bouche des enfants parloit si efficacement par la bouche de cette jeune fille, donna son consentement. Elle lui demanda pourtant quelque peu de temps, pour se consoler avec elle , et la pria de donner quelque indulgence à ses soupirs et à ses tendresses. Après quoi , fortifiée en Notre Seigneur, elle permit la séparation 4le cette moitié de son cœur sans se plaindre, et voulut offrir elle-même de ses propres mains celte pure victime qui entra dans ce premier monastère et y reçut l'habit de novice des mains de notre digne Mère, Tan 1635, en la seizième année de son âge.

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