CHAPITRE VI
Szoeltoate méditation tur le nom de Marie.
Entre les excellentes dévotions que sainte Matilde a pratiquées en l'honneur de la Sainte Vierge, nous lisons cette paraphrase de VAve Maria, que la Sainte Viarge elle-même lui enseigna un samedi matin, lorsque l'on chantoitla messe en son honneur : c'étoit une explication divine et céleste sur chaque parole écrite sur son cœur en lettres d'or. Il semble que notre chère sœur ait reçu quelque faveur pareille.
Nous savons par le récit de sa directrice que, pour concevoir dignement Texcellence de cette reine des vierges, elle fut longtemps occupée à faire de saintes réflexions sur chaque lettre du nom sacré de Marie, appropriant à chaque lettre une pierre précieuse et un trait du Cantique des cantiques, avec tant de lumières, de subtilités et de pointes d'esprit, que Ton voyoit bien que la Vierge elle-même s'étoit rendue sa maîtresse. Dans sa simplicité de colombe, elle raconta cette dévotion à ses compagnes, en cette manière : Sur la première
lettre de ce nom auguste et sacré, M, elle approprioit la Marguerite, et disoit: « Sainte Vierge ! et mon unique Mère, vous êtes plus belle et plus pure que la perle orientale, n'ayant été formée que de la rosée céleste et toute pure en votre conception ; vous êtes cette Marguerite précieuse pour laquelle acheter et posséder, il faut tout vendre et tout donner; je m'offre moi-même à vos pieds sacrés, divine princesse, pour posséder l'honneur d'être du nombre de vos très-humbles servantes. »
Sur la seconde lettre, A, elle appliquoit l'améthyste ou l'ambre, lui disant : « A quoi pensoient les païens d offrir l'améthyste, qui inspire la chasteté, à une ipfàn?^ et impudique déesse? C'est à vous seule, ô Reine des vierges et qui êtes la Mère des chastes amours , en l'honneur de laquelle elle doit être consacrée. La couleur de violette et de rose, qui brille en cette pierre précieuse, n'est que l'image de votre humilité et de votre charité; et, si l'on assure qu'elle a la vertu de conserver la chasteté et la modestie, ces deux qualités augustes sont les effets de vos grâces. Si l'ambre a la vertu d'attirer la paille et Vs fétus, je sens la force et la vertu de vos exemples et des grâces que vous nous obtenez de votre Fils attirer la paille de mon néant et de ma misère. ma sainte Mère, attirez-moi toujours après vous, afin que je coure sans cesse à l'odeur de vos parfums. »
Sur la troisième lettre, R, elle approprioit le rubis,
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disant : « Que représente le rubis, ô mon aimable princesse, sinon le feu sacré de votre ardente charité? ô Mère de la belle dilection! ô vaisseau de la pure affection! ô fournaise de Téternelle charité ! fondez les glaçons de mon cœur; et embrasez mes désirs d'une sainte flamme, que toutes les eaux de la mer orageuse du monde ne puissent éteindre ! »
Sur la quatrième lettre, I, elle appropria le jaspe, et le jacinthe, disant : « sainte Mère, vous êtes ce jaspe précieux, que saint Jean dépeint dans TApocalypse comme la pierre fondamentale de la Jérusalem céleste, puisque c'est dans votre chaste sein que votre Fils a commencé de jeter les fondements de TÉglise son épouse. C'est vous, ma chère reine, qui dissipez les impressions des démons et qui nous préservez de leurs maléfices, avec plus d'efficace que le jaspe (qui est un antidote et contre-poison) ne dissipe les fantômes nocturnes et les dangereuses illusions. »
Ensuite, l'appliquant au jacinthe que plusieurs estiment être le même que le saphir, et avoir la vertu de guérir la peste et de résister aux venins, de procurer un sommeil tranquille, de fortifier la vue, de réjouir le cœur, d'inspirer l'amour chaste, de composer les mouvements de l'âme, de régler les passions, de bannir l'envie et de rendre victorieux ; elle appliquoit toutes ces vertus occultes à la puissance manifeste des noms de Jésus et
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de Marie, qui, étant portés sur le cœur, comme un saphir ou jacinthe, produisent tous ces effets et une infinité d'autres émerveillables.
Enfin, sur la cinquième, E, elle appliquoit les vertus de rémeraude à la couleur céleste qui remplit et recrée la vue affoiblie et qui représente le cœur sacré de la Vierge, dont les désirs étoient plus purs que le ciel, dont les exemples recréent et fortifient notre vue languissante, et qui a pu dire avec saint Paul : « Notre conversation n'est que dans le ciel. »
Après qu'elle eut passé quelques semaines à méditer ainsi sur l'application de ces pierreries, Notre Seigneur lui inspira d'y appliquer aussi plusieurs versets de cantique ; ce qu'elle fit sans aucune science humaine, chacun s'étonnant et ne pouvant comprendre d'où elle puisoit ce qu'elle disoit.
Sur la première lettre, M, elle appliqua toutes les qualités que l'Amant sacré donne à son épouse : Ma sœur, mon épouse, mon unique, ma toute belle^ ma colombe, qui vous retirez dans le pertuis de la pierre et dans les caissettes de la muraille, montrez-moi votre visage et que votre voix sonne à mes oreilles.
Sur la seconde lettre, A, elle appliqua ce verset de l'épouse languissante, qu'elle faisoit dire à la Vierge après l'ascension de son Fils : Appuyez-moi de fleurs, parce que je meurs, je vis et je languis d'amour.
Sur la troisième lettre, R, elle dit à la Vierge ce que rÂmant dit à la Sulamite: Retournez, retournez, Sulamite, retournez, afin que nous vous voyions ! Et puis, faisant réflexion sur son indignité, à cause de sa méconnoissance et de sa misère : « Je sais bien, disoitelle, ô sainte Vierge et toute aimable Sulamite, que mon ingratitude et mes péchés ont pu vous obliger de vous éloigner de moi ! mais retournez de grâce et faites-moi Thonneur de pouvoir envisager vos attraits et me recevez au rang de vos très -humbles servantes. »
Sur la quatrième lettre, I, elle faisoit dire à la Vierge, avec Tamante : Je dors, et mon cœur veille, puis elle s'écrioit : Jardin de fleurs, ô paradis de délices.
Sur la cinquième, elle s'écrioit avec TEpoux, admirant les beautés de la Vierge : Elle est belle comme la lune, elle est choisie comme le soleil, elle est ma bienaimée, toute suave en délices, plus agréable et plus belle que Jérusalem, et plus terrible aux démons que les escadrons d'une armée rangée en belle ordonnance.
Telles étoient les applications d'esprit de cette jeune novice, telles les ferventes dévotions et les réflexions amoureuses qu'elle faisoit sur les grandeurs de sa divine princesse.
Elle les avoit écrites de sa main, et c'est de cet original que nous en avons fait cette fidèle copie.