‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 79 sur 94 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De tes autrei ezeroioei.

De cette dévotion si enflammée pour la sainte Vierge procédoient les sentiments respectueux qu'elle témoignoit pour tout ce qui est de Tlnstitut, parce qu'il lui est consacré, et pour toutes les sœurs qui ont Thonneur d'être ses filles et ses très-humbles servantes.

On Ta vue souvent baiser avec révérence son habit de religion, s'écriant : « cher habit, que tu es aimable, étant dessiné pour honorer la Sainte Vierge, et qu'il faut que je te porte avec un grand honneur ! »

Si Toccasion s'offroit de rendre quelque service à ses sœurs, elle s'y portoitavec un doux empressement, et, par la suavité de son visage, on connoissoit celle de son cœur. 11 a'étoit personne qui ne vît que sa pensée ne s'arrétoit pas là, et que le service quelle ren-. doit à ses sœurs étant purement relatif, il se rendoit à sa chère maîtresse qu'elle honoroit et considéroit en elles.

408 MARIE-PÉRONNE PERNfiT.

Son austérité fut telle, pour son vivre, que sa maîtresse fut obligée de lui ordonner ce qu'elle devoit manger, à quoi elle obéit et se soumit très-humblement. Il est à croire qu'elle eut quelque prénotion ou révélation du temps de sa mort ; du moins il est certain qu'elle dit souvent à ses compagnes qu'elle mourroit l'année de son noviciat ; et pour s'y disposer, trois fois tous les jours, à rimitation de notre vénérable Père, elle se mettoit en la divine présence, paroissant devant son tribunal redoutable, avec les mêmes sentiments et dispositions où elle eût voulu se trouver au moment terrible auquel elle devoit être définitivement jugée.

Dans cette même pensée, on lui entendoit souvent chanter des cantiques sur le sujet de la mort et du dernier jugement, qu'elle avoit composés et qu'elle prononçoitavec un accent si dévot et singulier, qu'elle imprimoit les mêmes sentiments dans les cœurs de toutes celles qui l'écoutoient.

La retraite étoit ses délices et l'oraison son aliment. On ne l'ouït jamais parler au noviciat sans être interrogée ou sans quelque nécessité ; de manière qu'on pourroit dire qu'elle a gardé un silence perpétuel, souvent même, demeurant immobile et sans lever les yeux. Sa maîtresse a eu raison de la proposer à ses compagnes • comme un parfait miroir de la modestie religieuse. Sa directrice, ayant peine à reprendre sur sa conduite, pour

réprouver, lui fit un jour une forte correction, et lui ordonna une rigoureuse pénitence, pour une faute dont elle étoit très-innocente ; elle la reçut avec très-humble soumission ; ce qui fit tellement admirer sa vertu que sa maltresse, en .demeurant confuse, ordonna à une novice professe d'en venir demander grâce pour elle, laquelle lui fut accordée par la directrice qui, pour couvrir ce petit jeu, lui dit : « Ma sœur, je vous pardonne en considération de cette sœur charitable, qui a demandé grâce pour vous et qui s'est présentée pour faire la pénitence qui vous étoit ordonnée ; dites-lui grand merci de sa charité. »

L'humble novice obéissant ne laissa pas de témoigner sa douleur, de se voir privée de sa consolation et du mérite de sa pénitence. « Je vous remercie, dit-elle, ma chère sœur ; mais votre charité me semble pen avantageuse. Pourquoi m'avez-vous empêchée de faire la pénitence que j'ai si souvent méritée pour tant d'ingratitudes et d'infidélités de ma vie? Si notre bonne maîtresse ne me le commandoit, j'aurois plus de sujet de vous faire des reproches, pour m'avoir privée d'un si grand bien, que de vous rendre grâces pour m'avoir fait remettre cette peine qui est bien légère en comparaison de mes fautes! »

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