‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 80 sur 94 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

Be pluiieurf peines intérieuref qu'elle soulIHt pour Pépreuve de son saint

Comme dans Tétat où nous sommes réduits dès la nais, sance, par le péché d'origine, nous ne pouvons plus vivre sans la rébellion des sens, nous ne pouvons plus être saints sans persécution ; et lorsque les tyrans et les bourreaux manquent pour déchirer nos corps par les plus cruels supplices, nos passions ne manquent point de déchirer nos cœurs; les démons nous suscitent des traverses d'autant plus dures, qu'elles nous accompagnent et nous persécutent en tous lieux, d'autant plus difficiles à vaincre qu'elles sont invisibles.

Cette fidèle servante de Dieu a souffert ce tourment en différentes manières, parce que la bonté de Dieu destinoit une grande variété de fleurs pour embellir sa couronne. La première et la plus cruelle de toutes ses tentations spirituelles, fut au sujet du plus grand de tous les biensi son salut éternel.

Le démon s'efforça de lui persuader qu'elle étoit du nombre des réprouvés, et Dieu (qui avoit permis que notre vénérable Père fût exercé par la même tentation) permit, que cette pensée entrât si vivement dans l'esprit de cette fille, que tout ce qu'elle voyoit en elle ne lui sembloit que de justes sujets d'un abandonnement et d'un désespoir éternel. Vous pouvez juger du martyre qu'elle endura, âme fidèle plus unie à Dieu qu'à soimême.

En cette extrémité, elle eut recours à la sainte Vierge la conjurant de ne point souffrir que ce qui lui avoit été si sincèrement dévoué pérît éternellement. Cette mère de toutes les consolations remplit aussitôt son cœur d'une douce espérance en la divine miséricorde. Elle distingua les mouvements de la partie inférieure et les sentiments de l'esprit ; elle s'offrit comme une victime h la justice de Dieu, et adorant les dispositions de ses décrets redoutables, sans prendre la témérité de les pénétrer, elle fit résolution de servir Dieu plus fidèlement que jamais. Et tant s'en faut que cette violente tentation la relâchât de sa ferveur, qu'au contraire, elle résolut de redoubler les pratiques de vertu pour avoir la consolation d'aimer Dieu tout le temps qu'elle seroit en état de pouvoir l'aimer, sans se troubler de Tavenir, qu'il veut nous être inconnu ; étant assurée que de quelque sorte qu'il dispose, ses ordonnance? seront toujours souverainement

équitables, et que, pour avoir la qualité de juge terrible, il ne se dépouillera jamais des entrailles d'un père.

Voyant que, par les suggestions malicieuses, et le trouble qu'il s'étoit efforcé de jeter en son imagination, il n'avoit pu ébranler la fidélité d'une âme qui demeuroit constante en l'amour de son Dieu, le démon essaya s'il poufroit l'effrayer par des bruits et tintamarres extérieurs. Un jour, comme elle étoit en oraison, il ébranla les murs de Téglise, menaçant de l'ensevelir sous ses ruines. La généreuse novice, sans se troubler, lui répondit : « Malin esprit, redouble tes efforts, je suis en la présence de mon Dieu, tu n'auras jamais l'avantage de m'en séparer. » Puis elle répéta ces paroles du psalmiste : « Mon Dieu est ma lumière et ma sauvegarde, « que craindrai-je? Le Seigneur est le protecteur de ma (( vie, quelle puissance est capable de me faire trembler? « Que tous les malins esprits conjurent à me nuire, « s'assemblent pour me dévorer, mes ennemis qui me « troublent sont trop foibles devant Dieu : ils tomberont « comme vaincus devant son divin sanctuaire ! Que toutes « les troupes de l'enfer me livrent leurs assauts, mon « cœur demeurera intrépide ; et, quoiqu'ils redoublent (( leurs combats et leurs efforts, j'espérerai toujours en « lui, je ne lui demande qu'une chose, je la poursuivrai « constamment, c'est l'honneur de demeurer dans sa

(i maison tous les jours de ma vie. » Le démon se retira honteux, et notre novice demeura triomphante de Funé et de l'autre atteinte.

Le démon, plus irrité qu'abattu de sa défaite, voulut une autre fois attenter sur sa propre vie. Comme elle lavoit un jour quelques linges dans un bras du lac qui passe au milieu de ce monastère, après diverses secousses, auxquelles elle résista, il la précipita pour la faire noyer ; mais elle, prononçant trois fois le nom de Jésus, Maria, au fond de son cœur, quoique l'eau fût très-profonde, n'eut autre mal que de voir ses habits mouillés et vint heureusement au bord, se souriant de la foiblesse de ce lâche ennemi.

Une autre fois, le démon tâcha de lui remettre la pensée de la réprobation, et cette âme simple ayant découvert sa peine à sa Supérieure, elle fut bientôt consolée et rentra dans sa première tranquillité. Cet esprit malin, voyant qu'il n'avoit rien gagné du côté de la fin, tenta de la troubler au sujet des moyens qu'elle avoit choisis pour y atteindre : il la mit en scrupule sur le choix de sa vocation, lui représentant qu'elle eût mieux fait son salut dans une religion plus austère ; mais, son esprit fut incontinent rétabli dans le calme. Dieu lui ayant fait connoître, par une lumière infuse, que l'abnégation de soi-même et la mortification d'esprit, dont l'Institut doit faire sa principale fonction, récompensent incompara-

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blement les mortifications extérieures dont les autres font une profession plus singulière, et qu'il y a cette différence entre les religions plus austères et notre petit Institut, que les autres mortifient l'esprit par le corps, et, dans rinsiitut, nous devons mortifier le corps par l'esprit. Cette douce pensée remplit son âme de suavité ; dès lors l'abnégation de soi-même et la mortification intérieure furent son principal exercice, comme il est notre principal et unique esprit.

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