‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 83 sur 94 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

B'im présent que Bieu lui fit en l'oraison et de rinteKigence qu'elle eut de ce don céleste.

Cette jeune prétendante paroissant ainsi émulatrice de la perfection des plus avancées, ne demeura pas longtemps sans que Notre Seigneur la favorisât de ce qu'il a réservé de pins clier pourtes élus : je veux dire de mortifications, qui sont fruits de la croix et apanages du Calvaire.

Après complies, faisant son quart d'heure d'oraison (selon que la petite règle l'ordonne à celles du petit habft), comme elle eut commencé d'ouvrir son cœur à Notre Seigneur, il lui dit intérieurement : « Ma fille, je veux te faire un présent de ce qui m'est le plus cher et de ce qui m'a été le plus précieux durant ma vie mortelle. »

Cette petite, toute confuse d'une telle grâce, lui répondit humblement : « Monseigneur, vous me combler tous II 13

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les jours de vos bénéfices dont je me reconnois indigne. — Oui, dit la voix intérieure del'Epoux sacré, j'ai voulu former ton cœur pour m'aimer ; mais, outre mon amour, je veux maintenant te faire un autre présent : je veux te donner ma croix ; après quoi, il ne me restera plus qu'un don à te faire, qui est celui de la gloire. »

Cette fervente oratrice s'imagina soudain que celte croix que son époux lui offroit, n'étoit autre que le bonheur de la profession religieuse, après laquelle elle soupiroit et aspiroit par des vœux continuels; ce qui fit qu'elle donna cette interprétation, étoit qu'elle avoit remarqué que l'on donne une croix aux sœurs, lorsqu'elles font leurs vœux à la profession, pour leur déclarer qu'elles doivent désormais être attachées à la croix de Notre Seigneur, et par un exercice continuel de mortifications intérieures, mourir #u monde et à elles-mêmes. Cette pensée combla son cœur d'une suavité et d'une allégresse inexprimables. Mais Notre Seigneur lui fit connoître bientôt que la croix qu'il lui préparoit étoit une épreuve encore plus sensible et plus rigoureuse. Le lendemain, à la même heure, s'étant présentée k l'oraison pour lui demander l'accomplissement de sa promesse, elle ouït la même voix intérieure qui lui répondit : « Ma fille, votre demande a été exaucée. » Et, tout à l'heure, une très-abondante et très-cuisante fluxion lui tomba sur ^ ti'oisième vertèbre du cou qui lui causa des douleurs

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très-aiguës et très-violentes. Le divin Amant lui fit connoître que la croix qu'il lui avoit promise étoit un exercice continuel de souffrances pour tout le reste de sa vie. Et c'est bien en effet le plus grand don que I>ieu départe à ses amants, après son saint amour ; et après lequel il n'a plus à leur donner que sa gloire; le saint amour étant le premier et le plus grand don qui purifie le cœur ! les souffrances, le don qui suit après, puisqu'elles purifient le corps et les sens, et qu'elles mortifient les passions, et servent grandement à la perfection du cœur, et à la conservation et augmentation du saint amour, et ensuite la gloire qui est le prix de tout.

Cette petite souffrante, ayant connu la qualité de ce don céleste, le reçut avec un profond respect, et remercia Notre Seigneur de lui avoir fait la grande faveur de croire en lui, et de souffrk pour lui. EHe endura cette douleur très-violente et presque insupportable depuis le mois d'août 1633, jusqu'au jour de là Circoncision de la suivante année 1634, sans faire presque connoître qu'elle souffrît. Mais en ce jour sacré, qui commence le bonheur de l'année des chrétiens, jour auquel l'Epoux de nos âmes voulut souffrir en sa plus délicate enfance et sentir la douleur du couteau pour sanctifier les souffrances de ses amis, il fit un nouveau don a cette sienne servante, et lui donna pour étrennes un tel surcroît de douleur, que l'on eiit cru que dès lors elle dût succomber

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SOUS le poids. En effet, le mal Feût accablée, si Tamour qai la faisoit souffrir ne Teût soutenue. Il lui étoit impossible de s'arrêter en une même place, ni de demeurer debout, ni couchée ; elle ne pouvoit non plus s'asseoir, ni fermer Tœil, pour prendre un moment de repos. Et, ne sachant plus en quelle posture on pourroit la mettre pour lui donner quelque petit soula^ment, les sœurs furent contraintes d'en venir à cette extrémité, que de la tenir suspendue dans une chaise avec unliftge que quatre soeurs lenoient par les coins, et demeuroient ainsi jour et nuit, alternativement, auprès d'elle, jusqu'à ce que l'on eût l'invention de la faire tenir sur des liteaux. Il falloit néanmoins qu'aine sœur demeurât toujours : la vertèbre du cou s'étant tellement lâchée, que si l'on cessoit pour un seul moment de lui soutenir la tête, elle lalaissoit tomber sur son sein, sansupouvoir ni la retenir, ni la relever en quelque manière que ce fût, spectacle qui donnoit une extrême compassion.

Toutes les autres parties de ce petit corps n'étoient pas en meilleur état que le cou et le chef. La paralysie saisit ses bras et ses jambes dès le 1 5® de février de la naême année. Pour tâcher de lui donner quelque foible soulagement, uue sœur lui tenoit les jambes un peu élevées cependant que l'autre lui soutenoit la tête. Il falloit lui mettre dans la bouche ce qu'elle prenoit, ne pouvant se servir de ses mains ni recevoir le moindre service d'au-

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cune partie de son corps, qui ne lui servoit plus que d'un voile pour couvrir son âme, et d'un champ de bataille, oii, parmi ses travaux et les pratiques d'une sainte patience, elle recueilloit des palmes.

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