CHAPITRE III
De U menreilleute patience de cette ofaère souffrante et des charitables services qui lui furent rendus dans le monastère.
L'état de notre pauvre petite Marie-Séraphique dura ainsi plus de sept mois tout entiers ; et, ce qui donnoit un plus grand étonnement aux personnes du dehors, c'étoit de voir que, n'étant encore ni novice, ni professe, on n'apportoit pas moins de soin pour son service que si elle eût été la première de Fordre, ou la plus grande reine et princesse de la terre. Et, comme elle appartenoit par alliance aux meilleures maisons de la province, et que les médecins venoient fréquemment pour la visiter, quelques soins qu'eussent nos sœurs de tenir leur charité secrète, suivant l'esprit de l'Institut, qui nous oblige de tenir notre vie toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu, elles ne purent empêcher que leurs charitables assistances ne fussent divulguées : par où elle devint hu sujet de grande édification et de très-suave odeur dans toute la
MARIË-SÉRAPHIQUE DE CHAMFLOURS. 439
province. Les médecins, qui ne pouvoient s'en taire dans les compagnies, disoient ordinairement qu'ils ne savoient ce qu'ils dévoient admirer davantage, ou la patience de la petite malade, ou la charité de ses assistantes.
En effet, et à mesure que les douleurs augmentoîent, on voyoit croître sensiblement le patience de cette infirme et la constante résolution qu'elle avoit de tout souffrir, pour honorer le présent que son cher Amant lui avoit fait.
Le 10® de mars de la même année, la gangrène commença à s'engendrer en un de ses côtés, et, dans peu de temps, elle gagna insensiblement jusqu'aux épaules ; ce qui obligea les chirurgiens, pour couper chemin à ce germe empoisonné, de lui faire de très-profondes incisions, lui retirant de gros morceaux de chaîr : elle souffroit tout avec une générosité qui étonnoit les plus constantes. On eût dit que c'étoit un petit ange, sous un corps emprunté, et que toutes ses souffrances lui étoient étrangères. On n'ouït jamais sortir une parole de murmure ou de plainte de sa bouche; on ne lui vit jamais faire un acte ou un mouvement d'impatience ; au contraire, elle disoit aux chirurgiens de faire bien leur devoir, et de n'épargner point son ^ehétif corps, ajoutant : « Ce n'est pas que j'^espère de guérir, mais vos peines ne seront pas inutiles ; elles me procureront, par votre cha-