SCÈNE XIII
APELLE, CAMPASPE, qui entrr à U fin du monologue CAMPASPE.
Qu'en tends-je ?
APELLE
O ciel ! c'est vous , Madame !
CAMPASPE
En ce moment vos esprits égarés...
APELLE
Connaissez donc enfin toute mon âme !
CAMPASPE
Je dois vous fuir.
APELLE
Non , demeurez.
CAMPASPE
Il n'est plus temps de feindre ; Dans l'état où je suis que puis-je avoir à craindre ? Je vous aime, Campaspe!... Ah ! souffrez que ma voix, S'affranchissant d'une contrainte extrême. Vous le répète mille fois.
Oui, je vous aime , je vous aime; Oui, cet amour qu'en vos yeux j'ai puisé. Ce feu dont je suis embrasé , Ce sentiment que rien ne peut réduire, A triomphé de mes remords.
Et s'est accru par les efforts Que j'ai tentés pour le détruire.
Un désir inquiet en tous lieux me poursuit ; Le travail m'importune et le repos me fuit , L'amour est tout pour moi , c'est lui seul qui m'inspire, C'est par lui que je sens, par lui que je respire. 11 fait tous mes plaisirs, il cause tous mes maux, Il dicte mes discours, il conduit mes pinceaux. Mon âme n'est plus enflammée Du désir de la renommée ; Son vain éclat ne peut plus m'enivrer.
Vous seule maintenant réglez mes destinées ; Penser à vous , vous voir, vous adorer. Tel est l'emploi de toutes mes journées.