ACTE II, SCftNE VI
Four toi j'ai tout bravé, les rftiiords, les supplices; Ali ! tu me dois le prix de tant de sacrifices ! Règne, rends-moi Thonneur en ce péril pressant: Oui, si tu deviens roi, je deviens innocent.
AnnACK.
Dieux! qu'est-ce que jVntends! et que m'osez-vous dire? C'est moi que vous voulez élever à l'empire! Barbare! c'est pour moi qu'un prince infortune Aujourd'bui par vos mains est mort assassiné! Ab! cbaque instant accroît l'borreur qui m'environne! Mais vous ai-je, cruel, demandé la couronne? Qui vous dit que le trône ait pour moi tant d'appas Qu'il le faille acheter par de tels attentats? Eufin , lorsque Xercès outragea ma vaillance. Vous avais-je cbargé du soin de ma vengeance? Pourquoi donc en mon nom lui percez- vous le cœur?
ARTABAKT.
Tu m'oses reprocber....
ARBACE.
Je m'emporte , Seigneur î Mais de ce crime enfin il faut que je rougisse; Il fut commis pour moi , j'en deviens le complice. Ah! que cet attentat soit au moins le dernier! Puissé-je par mon sang aujourd'hui Texpier! O mon père, écoutez un fils qui vous implore: Que le remords vous touche, il en est temps encore ; Abjurez, abjurez vos funestes projets; Arrêtez vous , cruel , c'est assez de forfaits ! Qu'exigez-vous? Qui ? moi , sujet , ami perfide , Devenir en effet et traître et parricide!
48 ARTAXERCE
Ah! ces noms qu'à Tinstant pour vous j'ai supportés, Qu'ils doivent être affreux quand ils sont mérités!
ARTABAN
Laisse-là tes remords, satisfais mon envie; Il n'est que ce moyen pour conserver ta vie.
AHBACE.
Quoi ! lorsque vous avez empoisonné mes jours , Irai-je par un crime en prolonger le cours? Mon père , laissez-moi du moins mon innocence !
Elle est, tu le sais trop, perdue en apparence. Et pourquoi t'immoler à de vaines vertus, Qui dans l'opinion n'existent déjà plus? Résous-toi, je n'ai plus qu'un seul mot à te dire : Choisis ou l'échafaud ou la main de Sémire.
ARBACE.
Quel nom prononcez-vous! O toi que je chéris, Sémire, d'un forfait tu deviendrais le prix! Quoi! je pourrais t'offrir la dépouille d'un frère! J'unirais à ta main une main sanguinaire!... J'entrevois votre espoir, mais il sera déçu: Vous attaquez mon cœur pour vaincre ma vertu; Au succès de vos vœux intéressant ma flamme, Vous voulez égarer et surprendre mon âme.... C'est en vain : au devoir tout doit être immolé ; Et l'amour n'est plus rien quand l'honneur a parlé.
ARTABAN
Tu t'abuses , mon fils ! quel est ton trouble extrême ! Cède à ton père , Arbace , à ton père qui t'aime.