LE ROI, LA REINE, HENRI, CRAON
LE ROI
Ah ! je vous cherchais, reine... et vous, seigneur, aussi.
HENRI
Parlez; qu*ordonnez-vous, sire?
LE ROI
Je veux ici Exposer à vos yeux mon âme toute nue.
Le parlement , dit-on....
LA REINE
Vous m*avez prévenue.
Moi-même, en cet instant , j'allais vous annoncer Qu'un traître à tout espoir doit enfin renoncer : Ses crimes ont reçu leur trop juste salaire. Votre parlement y sire, instruit à vous complain% ImmolanL ses désirs au public intérêt.
D'une voix unanime a prononcé l'arrêt.
L'auteur des noirs chagrins dont votre «îme est flétrie N'a plus ici de rang, de droits, ni de patrie; De la France à jamais on vient de l'exiler
LE KOI.
Mon fils?... ah! c'est de lui que je veux vous parler !
On nous trompait tousdeux , reine , il n'est point coupable.
LA REINE
Ciel !
LE ROI
Et par un arrêt inique , abominable , Je laisserais encore outrager sa vertu ? Et cet acte honteux de mon seing revêtu.... Non , tant que ma raison soutiendra ma constance. Je ne signerai pas cette horrible sentence. Moi, condamner mon fils! moi, le déshériter !
LA REINE, à Henri.
Qu'avais-je dit, seigneur?
HENRf, à la reine.
Craignez de l'irriter.
LA REINE
Ainsi donc jusqu'au bout le Dauphin vous offense ! Et sur votre faiblesse appuyant sa défense , Par quelques feints respects habile à vous tromper. Il détourne le coup tout prêt à le frapper.
LE ROI
Non, ce n'est pas mon fils qui me trompe , madame. Ce n'est pas lui ! J'ai lu jusqu'au fond de son âme. C'est ici qu'on m'outrage; ici la trahison Profite des douleurs qui troublent ma raison. Vous ignoriez sans doute une trame si noire ?
LA REINE
Sire....