ACTE 111, SCÈtiE 11. bb
Au nom des dieux, de l'honneur, de ton père, Au nom de cette amour, qui jadis te fut chère, Arbace, romps enfin ce silence cruel Qui va causer ta mort , ton opprobre éternel ! Rappelle-toi ces jours de bonheur et d'ivresse Où mon amant jurait de me chérir sans cesse : Que sont-ils devenus? Tu trahis tes semiens. Tu faiâ rougir mon front, tu causes mes tourmens.... Mais qu'importe mon sort? je m'y soumets sans peine; Que m'importe sans toi le mépris et la haine? Ne songe qu'à toi seul , Arbace : si ton cœur Peut dans notre union mettre encor son bonheur, Montre ton innocence, éclaircis ce mystère , Artaxerce consent à le nommer son frère. Oui, cède à ton amante, à ton père, à (on roi. Dis un mot seulement , et Sémire est k toi.
O ciel ! que dites-vous? et que viens-je d'entendre? Sémire, à ce bonheur, quoi! je pourrais prétendre!...
Sl-^MIRF.
Tu t'attendris! réponds, dissipe mon efîroi; Quel est le meurtrier? Parle.
ARBACE.
Ce n'est pas moi.
Je le sais. Quel ost-il ?
ARBACE.
Ce n*est pas moi , Sémire.
56 ARTAXERCE
SÉMIRE
Traître , c'en est assez : ce refus doit m*instruirc. Jeté connais enfin, je vois dans tout leur jour Et tes fausses vertus et ton perfide amour. Ne pouvant démentir ton crime abominable, Tu parles de devoir, du destin qui t'accable! Va, je lis dans ton cœur, lâche ; l'ambition Est ton guide, ton Dieu, ta seule passion; Par un calcul affreux excitant ton adresse. Elle instruisit tes yeux à feindre la tendresse , Ta bouche à l'exprimer : j'étais fille d'un roi, Voilà le seul appât qui t'entraînait vers moi.
ARBACE.
Eh bien ! dans ces pensers affermissez votre âme; Croyez-moi l'assassin , haïssez-moi , Madame.
SÉMIRE
Te haïr!... En effet, je le veux, je le doi....
Et mon cœur éclairé ne combat plus pour toi.
Allons, n'écoutons plus qu'une juste colère;
Ne songeons désormais qu'au meurtre de mon père.