‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 57 sur 363 · NOTICE SUR SCIPTON ÉMILIEN · texte numérisé non relu

NOTICE SUR SCIPTON ÉMILIEN

On reproche aux tragédies de l'ancien répertoire d'être quelquefois un peu froides , du moins dans certaines scènes; ce reproche me paraît fondé. Il est évident pour moi que ce défaut, car c'en est un , tient uniquement à l'emploi que l'on faisait alors des confidents , et surtout au rôle passif qu'on leur faisait jouer. Ils n'avaient aucun intérêt à l'action , ils n'étaient là que pour donner la réplique et pour écouter ce que l'auteur avait besoin de faire savoir au public. De tous les confidents, et en exceptant OEnone que Racine a trouvée dans Euripide, Narcisse seul, autant qu'il m'en souvienne, prend une part directe à ce qui se passe , et ne reste étranger ni à la marche ni aux péripéties de la pièce; aussi, loin d'être languissantes, ses scènes avec Néron sont peut-être ce qu'il y a de plus admirable dans Britannicus,

Les confidents-machines, que j'ose condamner ici, mais que le xvii® et le xviii® siècles ne regardaient pas comme une imperfection , ne sont plus depuis longtemps tolérés sur notre scène. J'ai donc , dans Scipion Émilien , donné à mes personnages secondaires des passions et des intérêts, et je les ai par là rattachés à l'action. Quand on ne peut atteindre au génie des maîtres, on doit au moins éviter leurs fautes. Au reste le mérite que je m'attribue ici n'est pas fort grand ; car il faudrait être bien maladroit pour introduire des confidents purement passifs dans les sujets politiques, où il y a toujours communauté de vœux et d'intérêts entre un grand nombre d'individus.

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hi ne croin pas puiirlant y ut co sera tiia Jeniièrc observation , je ne crois pas qu'il puisse y avoir de règle fixe et invariable en pareille matière; je pense que le goût et la convenance doivent seuls servir do guides, qu'il faut se garder de tout système exclusif, et craindit! , en voulant éviter un mal , de tomber dans un excès plus grand. J aime encore mieux , à tout prendre, les confidents de notre tragédie classique que les éternels et fatigants monologues d*Alfiëri.

Lorsque, au mois d'octobre 1816 , les comédiens français reçurent ma tragédie de Sctpion Emilien , j*avais entièrement renoncé à la littérature. Ce sacrifice était devenu indispensable. Attacbé pendant plusieurs années et sans traitement, soit aux archives des Affaires Étrangères, soit à une légation en Allemagne, j'avais dépensé, dans ces divers apprentissages, le peu de fortune que la révolution m'avait laissé; et, au moment où j'espérais obtenir enfin des fonctions rétribuées , on m'avait déclaré que je n'étais |>as assez riche pour suivre la carrière diplomatique. Dans cette situation fâcheuse , je ne pouvais guère attendre de ma plume des ressources suffisantes. Quelques années plus tôt, je n*aurais eu à lui demander que le superflu, mais maintenant il fallait qu'elle me fournit le nécessaire, et je n'avais pas la présomption de croire qu'elle pût me rendre un tel service. Bien m'en a pris d'avoir pensé ainsi! Je me voyais donc sans fortune et sans état, et je ne savais plus à quoi me résoudre.

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