ACTE If, SCfeNR II l
iVun Sénat corrompu vouh d('*clar(*r Tappiii. Ma fille cnfio, par vous aux lartnes condainnëc, Tminc daiiA les douleurs sa vie infortunée. Voilà quels sentiments vous témoignez pour nous. Et sur quoi j'ai voulu m'cxpliqucr avec vous.
SCIFION.
Je dois vous Tavoucr, j étais loin de m*attcndre
Aux reproches qu'ici vous me faites entendre.
Vous soupçonnez mon cœur ! vous Posez outrager î...
£h bien , je vais répondre, et vous m'allez juger.
Votre frère, Madame, adopta mon enfance:
Je m*en souviens toujours avec reconnaissance;
Il n'était pas besoin de me le rappeler.
Et pourquoi chercberais-je à le dissimuler?
Je tire vanité de cet honneur insigne:
On rougit des bienfaits quand on n'eu est pas digne.
Oui , cet auguste ami, par sou adoption,
M*a transmis en effet le nom de Scipion ;
Mais j'ai su le porter ; mais Numance et Carthage
N'ont pas déshonoré cet illustre héritage.
De Jvos Gis, il est vrai , j'ai condamné les lois;
Des pères de l'État j'ai défendu les droits.
Faut-il donc à vos yeux que je m'en justi6e ?
J'ai dû servir ainsi l'équité , la patrie :
Et, sans chercher plus loin , Madame, pouvez-vous
Approuver vos enfants sans blâmer votre époux?
Gracchus servit d'abord le parti populaire.
Poursuivit le Sénat , combattit votre père;
Mais quand la vérité vint éclairer ses yeux ,
Il rompit tout commerce avec les factieux;
128 SCIPION ÉMILIËN,
Contre eux des sénateurs il soutint la puissance, Et du grand Scipion embrassa la défense.
CORNISLIE.
Ce qui fut juste alors ne Test plus aujourd'hui.
SCIPION
Toujours des vrais Romains le Sénat est l'appui.
CORNÉLIE
Leur appui ! lui, grands dieux ! lui qui les assassine !
SCIPION
Eh ! qui causa nos maux? quelle est leur origine?
Par qui fut ranimé le feu des factions,
Et le germe sanglant de nos divisions?
Vos fils ont excité ces discordes impies ,
En réveillant des lois par le temps assoupies.
Pour servir leur orgueil et leurs ressentiments,
Ils ont du bien public sapé les fondements,
Enhardi les écarts d'une foule indomptée ,
Et versé le poison dont Rome est infectée.
Ai-je pu demeurer, dans ces jours de fureur,
Des troubles de l'Etat tranquille spectateur?
A la cause des grands c'est l'honneur qui m'enchaîne:
Je cède à mon devoir et non pas à la haine.
Je vois toujours. Madame, un frère dans Caïus;
Je l'aime, je le plains; n'attendez rien de plus.
A Rome en ses dangers je dois rester fidèle.
Et combattre un tribun qui s'est armé contre elle.
CORNÉLIE
Non, Caïus n'est pas tel que vous le dépeignez; Il mérite l'amour des cœurs qu'il a gagnés. Son âme est quelquefois trop ardente peut-être.