I.A RARONNE
Allons! continuez, vicomte!
De cet emportement n'avez- vous pas de honte? Quoi ! c'est dans l'instant m<^me oîi jeme donncà vous....
LK VICOMTK.
J'ai tort; et ce seul mot a calmé mon courroui. Le bonheur désormais doit être mon partage. Cependant s'il fallait attendre davantage.
Si quelque obstacle encor je suis de bonne foi.
Je ne répondrais pas....
i LA BAROMIVK.
Albert, écoutez-moi.
Je sentais votre peine, elle m'était commune. Mais, peu favorisés des dons de la fortune. D'abord, sans rien prévoir, fallait-il nous unir? N'avez-vous pas un nom, un rang à soutenir? Après quelques beaux jours, détrompés l'un et l'autre. Le malheur eût éteint mon amour et le vôtre.... Mes parents pouvaient seuls prévenir ce danger. Et dans notre intérêt j'ai dû les ménager. Vous le savez, toujours le comte et la comtesse Comme leur propre fille ont regardé leur nièce. Ma fortune à venir dépend de leurs bontés; J'ai, pour notre union, suivi leurs volontés. Nous recueillons le fruit de cette complaisance; Nous allons leur devoir une honorable aisance, II. 30
46a LA FAVORITE,
Et leur consentement, qu'attendaient nos liens, Nous assure d'avance une part de leurs biens. Ainsi de notre hymen rien ne trouble les charmes; Sur votre sort futur mon cœur est sans alarmes ; Et votre indépendance, aidant à vos talents, Va vous porter bientôt à des emplois brillants: La richesse toujours fait valoir le mérite. Voilà, mon cher Albert, le but de ma conduite : Je vous confesse tout avec sincérité ; Grondez-moi maintenant si je l'ai mérité.
LE VICOMTE
Si vous saviez quel charme auprès de vous j'éprouve!.. Oui, vous avez raison, en tout je vous approuve. Je me sens convaincu, je veux me résigner.... D'ailleurs tout est d'accord, et nous allons signer. Les richesses pourtant sur moi n'ont pas d'empire, Et le bien qui me reste aurait pu nous suffire. J'ai peu d'ambition.
LA. BA.RONNE.
Moi , j'en ai pour nous deux.
Quand le temps de l'amour aura calmé les feux, Vous me remercîrez.
LE VICOMTE
Soit ; mais soyez certaine Que de notre avenir je n'étais point en peine : Je serai riche un jour. En des temps malheureux, Mon père, ramassant des capitaux nombreux, Prodigue pour son roi, pour lui-même économe. Aux princes fit passer une très-forte somme :