ACTE I . SCÈNK I
MILLKR.
Il se peut ; mais je parle en père de famille. Oui , les soins du major font grand tort à ma fille. De ses charmes partout on le croit très-épris ; Et les galants, ma sœur, éloignent les maris.
MADAME ROffSBF.RG.
Vous voyez cependant la preuve du contraire : Wurm, votre protégé, vous le savez, mon frère. Avec joie à Tautel la conduirait demain; Son cœur...
MILLKR.
Hé ! plût à Dieu qu'elle acceptât sa main ; Et qu\m hymen, fîxant ses goûts, ses habitudes. Me délivrât enfin de tant d'inquiétudes!
MADAME RONSBERG.
Ma nièce épouser Wurm! quel blasphème odieux! Tant de grâces, d'esprit, de talents précieux. Pour un Wurm ?Non, jamais vous n'aurez un tel gendre : Aux plus nobles partis Louise peut prétendre.
MILLER
Aux plus nobles partis ! ah ! votre vanité....
MADAME RONSBERG.
N'a-t-on pas vu cent fois la vertu , la beauté....
MILLER
Cela ne prouve rien: le préjugé subsiste; Un grand n'épouse pas la fille d'un artiste.
MADAME RONSBERG.
D'un artiste?
20 I/INTRIGUE ET L'AMOl^R,
Eli! mais, oui. Que sert de s'aveugler? Artiste pauvre, obscur.
MADAME RONSBERG.
Pourquoi vous ravaler ?
Vos talents ont partout réuni les suffrages , Et l'Allemagne entière admire vos ouvrages.
MILLER
Oui! je suis un grand homme ! un homme sans pareil! Mais de moi seul enfin je veux prendre conseil ; Et, malgré mon respect pour tout ce que vous dites, Je prîrai le major de cesser ses visites.
MADAME RONSBERG.
Comment! vous lui diriez....
MILLER
J'y suis déterminé.
MAOAME RONSBERG.
Mais examinez donc...
MILLER
Tout est examiné.
MADAME RONSBERG.
Eh bien, homme bizarre, apprenez un mystère Que votre étrange humeur me forçait à vous taire.
MILLER
Un mystère? Ma sœur, de grâce, expliquez- vous.
MADAME RONSBERG.
Ce major qui provoque ici votre courroux, Et que nous devons fuir avec un soin extrême. Il aime votre fille, et votre fille l'aime.