‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 148 sur 391 · ACTE 1, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE VI

Je lésais. Mais, tarder encor serait faiblesse.

Quand le soleil, ma mère, incline à Phorizon,

C'est l'heure où les voleurs sortent. La trahison

Paraît de même, alors qu'au-dessus des provinces

Cesse de rayonner la présence des princes ;

Car, éclipse du droit et de l'autorité.

C'est là l'heure où, voyant le trône déserté.

Ambitions, complots, soulèvemens, licence.

S'échappent, dénouant l'antique obéissance.

Bref, rien de plus fatal, ma mère, et c'est pourquoi

La prudence vous doit répéter avec moi,

Oue, plus tôt que plus tard, il faut, par leur présence.

De mes nobles neveux raUermir la puissance ;

Et sous ma garde enlin , sans tarder plus long-temps.

Les montrer rois, ma mère, aux hommes d'Orléans.

CIILOTILDE.

Le cœur se tait, mon fils, quand la raison ordonne. Mais où donc Childebert est-il? Cela m'étonne Qu'il ne soit pas présent.

CHLOTAIRE.

Comme il faut, sans retard, Que nous partions, lui-môme a voulu du départ Activer les apprêts; et de là son absence.

CULOTILDE.

Un dernier mot, Chlotaire; —et, si cela t'offense. Pardonne à des terreurs que voudrait vainement Réprimer ma raison. — Donc, fais ici serment, — Devant moi comme fils, — devant ces nobles hommes Comme roi, — devant Dieu, qui voit ce que nous sommes Comme chrétien, d'avoir, envers ces trois enfans, Des yeux pour les soustraire aux trames des méchans, Un cœur pour les aimer, un bras pour les défendre.

CHLOTAIRE.

J'en fais serment, ma mère ; et puisses-tu m'entendre, O toi, juge éternel ! comme il est vrai qu'ici Je dévoue et ce cœur et la main que voici A les asseoir tous trois au trône de leur père. —

(HypocritemenC.) (A part.)

A présenl, prince au ciel! Et c'est par où, j'espère,

188 CHLOTAIRE I.

Fidèle à mon serinent, les envoyer bientôt Auprès de Chiodomir trôner tous trois là-haut. .

CHLOTILDE, descendant du trône avec ses trois enfans. C'est bien. Je me confie à ton serment, Chlotaire.

CHLOTAIRE.

Sur mon honneiu- de roi! vous le pouvez, ma mère. Et maintenant, pardon si je semble insister Sur un triste devoir...

CHLOTILDE.

Mais il les faut quitter, N'est-co pas ? — Prends-les donc , et puisse en toi revivre Leur père Chiodomir!

{Les enfans se rapprochent de la reine Chlotilde avec une sorte de crainte.) LES ENFANS.

Grand'mère?

CHLOTILDE.

11 vous faut suivre Votre oncle, mesenfans. — Allez,— je vous bénis.

El n'aurez-vous d'adieux que pour vos pelits-fils?

(Pliant un genou devant la reine.) Ne bénirez-vous point aussi votre Chlotaire ?

CHLOTILDE.

Toi, mon (ils, —sois vaillant, bon et juste. Prospère En souverain pouvoir, voilà pour toi mes vœux.

CHLOTAIRE, se relevant.

Merci, manoblo mère. — Et vous, mes chers neveux. Venez. —

(Les enfans semblent hésiter.)

CHLOTILDE.

Allez, enfans.

CHLOTAIRE, se disposant à sortir avec sa suite et emmenant les enfans, dit à un de ses olTicicrs. d'une voix prompte et basse.

Toi, garde cette porte :

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