SCÈNE VU
LA REINE CHLOTILDE, et ses Femmes.
CULOTILDE.
Ils sont partis ! — Ils ne me voulaient pas quitter, pauvres petits ! As-tu vu, pour rester, leur craintive insistance? Ils se croyaient perdus en perdant ma présence.
BATHILDE
Oui. Mais ce prompt départ, le bruit des pas, des voix, Tout cela va bientôt les distraire.
CHLOTILDE.
Tu crois?
— Tiens, prends ta harpe et chante. —Oui, la vie est légère A l'oublieuse enfance ; à nous, tout le contraire. On dirait que le corps, d'où la jeunesse a fui, Se courbe davantage au poids de chaque ennui. — Bonne ûUe, as-tu pris ta harpe ?
BATHILDE
Oui, Madame.
CHLOTILDE.
Chante, alors. La musique endort les maux de l'âme.
BATHILDE, s'accompagnant sur la harpe, chante une sorte de récitatif très simple et très doux.
Pauvre oiseau, pourquoi te plaius-tu?
Vols : de sa robe de verdure,
190 CHLOTAIRE I.
Au loin , mai ciiarmant s'est velu ;
Tout rit dans la belle nature. —
— Pauvre oiseau, pourquoi te plains-lu?
Chasseur, aux rameaux de ce cliène, Vois : un nid était suspendu.
Plus rien! plus rien! et j'ai perdu Mes deux oisillons nés à peine.
Oli ! qui les a pris? est-ce loi?
Hélas t bon cliasseur, rends-les-moi.
Pauvre oiseau, vois: sur mesépaules Résonne un carquois au poids lourd !
Car, je suis chasseur dans les Gaules, Chasseur de l'aigle et du vautour.
Or, tout à l'heure, à ma venue.
Deux vautours, au bec recourbé.
Ont fui soudain, et, de la nue.
Ce nid leinl de sang est tombé.
Deux vautours...
cnLOTlLDE, interrompant liathildc.
Assez ! ne chante plus. Assez !
uâtiiildf:.
Qu'avcz-vous? quoi?
CHLOTILDË.
Rien. Mais pourquoi choisir un pareil chant? pourquoi? —Deux \ autours!
BATHILDE
Eh bien ?
CHLOTILDË.
Deux ! concordance fatale !
HATUILUE.
Madame î au nom du ciel , comme vous voilà pâle ! Parlez. D'où peut enfin vous venir cet edroi?
CULOTILUE.
Tout m'ellraic! et ce chant bizarre... l5coute-moi :