ACTE I, SCtNE VU
A u-dessus des forêts, quand pèse, dans l'espace,
L'ouragan noir, alors, chuchottcment qui passe,
— Tu l'as dû remarquer, — alors, maint bruit confus,
Dans l'immobilité des ombrages touffus.
Semble au loin répéter : Voici , voici l'orage !
Eh bien ! tel est dans moi ton chant, morne présage
Sans cesse répétant : Deux vautours , deux vautours
Planent sur tes enfans !
nATniLDE.
Oh ! Dieu sauve leurs jours 1 Mais c'est trop se troubler aussi d'une chimère, Madame.
CIILOTILDE.
Tu dis vrai ; mais tu n'es pas leur mère ; Et pour avoir l'instinct qui pressent le malheur. Tu n'as pas, comme moi, vieilli dans la douleur. — J'ai si long-temps soullert ! J'ai vu , moi , jeune fdie , Tous les miens égorgés. Oui, toute ma famille! Puis, j'ai grandi, grandi près de leur meurtrier! Et, plus tard, j'épousai. .. qui ? Clovis , un guerrier. Certe un roi! mais de ceux que l'ellroi seul consacre , Mais qui n'éperonnait son cheval qu'au massacre. Et, jetant bas, du choc, peuple et ville à grand bruit. Ne fit halte, ô Gaulois! qu'une fois tout détruit. Et , plus tard, lorsqu'il eut bâti dans la conquête , Plus de guerre au soleil ! non , mais , penchant la tête. Partout la trahison , à l'oblique regaid , Posait des assassins dans la nuit; le poignard Remplaçait la francisque, et toujours, ô misère! La violence impie ellrayait celle terre; Et plus tard , Clovis mort, le combat monstrueux De ses quatre héritiers se déchirant entre eux ! Hélas! tous, devant moi, s'acharnaient à la proie. Devant moi gémissante! — Et puis, ma seule joie. Mon Chlodomir, le seul qui m'aimât, mon enfant. Mon beau guerrier, tombé si jeune! Et mainienant... Maintenant, je crains bien (|ue Dieu, qui vit tes crimes. Sur ta veuve , ô Clovis ! ne venge tes victimes : El que l'ange fatal, debout à mon berceau,
192 CHLOTAIHE I.
Dans un dernier malheur ne creuse mon tombeau.
(Voyant entrer Arcadius.)
Mais que veut cet esclave au doucereux visage?