‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 18 sur 391 · ACTE I , SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE X

Ali! Seigneur!

niCIIARD.

Peut être as-tu raison ; Et pourtant cette mort m'eût donné guérisou.

LOYS

Fort bien; — mais c'est façon de guérir trop maussade , Qui, pour ôter le mal, emporte le malade.

Rien ARU, prenant la main de Loys,et la portant à son cœur. Loys, mets là ta main.

LOYS

J'y suis.

RICHARD

Sous ce pourpoint, Bat un cœur malheureux.

LOYS

Je ne conteste point; Mais, le motif?..

L'amour qui me dévore l'àme.

LOYS

Et VOUS vouliez dans l'eau rafraîchir votre flamme !

Grand merci ! — Tels moyens ne sont point dans mes goùis.

— Qu'un bélîlro se noie, eh bien! d'accord. —Mais, vous.

Ayant tout à la fois nom, fortune, noblesse,

Esprit, grâce, valeur, force, beauté, jeunesse!

Usez-en, et vivez; et songez qu'en un mot

Le plus beau des noyés en amour n'est qu'un sot !

RICHARD

Tu ris de tout, Loys.

LOYS

Eh ! vaut-il pas mieux rire Qu'avoir toujours ainsi le front penché, Messire! Au diable la tristesse! elle chasse les cœurs... Prenez-moi de ces airs vifs, décidés, vainqueurs! —Toute femme en est folle .—Un ton de capitaine, L'allure cavalière et quelque peu hautaine ; De ces airs, vous savez, charmans, audacieuv ,

Qui font SOUS leurs longs cils s'abaisser les beaux yeux, Et, dans ces petits cœurs qui soupirent d'attendre, S'agiter doucement quelque chose de tendre. Voilà comme il vous faut, Monseigneur , — tout oser Pour tout avoir. — Sitôt un soupir, un baiser. Que si des surveillans gardent de près la belle. De l'or, morbleu! de l'or, et plein votre escarcelle. Beaucoup d'or! — L'or partout pénètre comme l'air ; Changez-vous en flots d'or comme feu Jupiter! Et fût-elle cachée au fin fond de la terre. Seigneur, vous arrivez à la voir, à lui plaire, On vous aime, on soupire, et son cœur dire non ! Je ne suis plus Loys, alors... je perds mon nom !

RICUARD.

Tiens, tu me rends l'espoir.

LOYS

L'espoir ! flambeau qui brille Devant l'amour. — Est-elle épouse , veuve ou fille ? Le tout est fort prenable.

RICHARD

Ah! c'est un ange!

LOYS

Mieux! — Le lôle de tout ange est de mener aux cieux. — Son nom mortel pourtant?

RICHARD

C'est ce qui fait ma peine.

LOYS

C'est donc une cruelle alors, une inhumaine !

RICHARD

Non, mais elle est. . .

LOYS

Elle est ?..

RICHARD

Nièce du gouverneur,

Page 1