ACTE I, SCÈNE X
LOYS
Vivat, Monseigneur!
Je la connais.
Ricn^RD.
Qui, toi?
LOYS, vivement.
Bouton qui vient d'éclore.
Tout jeune, — dix-sept ans, et même pas encore. Blonds cheveux, grand œil noir de longs cils abrité. Plein de douce candeur et de virginité ; Folle comme un enfant, divinement naïve. Et maligne, et boudeuse, et déjà, las!., pensive; Sein naissant, pied mignon, enfin, un vrai bijou Dont Loys vous pardonne, en honneur ! d'être fou.
RiciiAno.
C'est elle, c'est tout elle, ô Loys! mais ajoute Que sa tante la tient prisonnière. —
LOYS
Eh ! sans doute.
Parce qu'elle est jalouse. —Une illustre beauté. Se drapant dans sa grâce et dans sa dignité. — Femme de cour. — D'ailleurs, consommée en morale. J'entends — ne s'abstenant de rien, hors du scandale. Pour l'esprit, vif, coquet, fringant, audacieux. Partout sûre de plaire, et partant plaisant mieux. Du tact et de l'orgueil... oui. Ducœur... point. —En somme. Noble flamme où se vient brûler tout gentilhomme.
lUCUARD.
Bravo! Loys, bravo!., c'est elle trait pour trait.
LOYS
Et le mari, faut il vous faire son portrait? — Dans les mains de sa femme, — un rien , une poupée. — Gros, court et laid, — vaillant... oh! comme son épée, Mais sot idem. — Or, moi, je suis, dans la maison. Très bien, —de nuit, de jour, — et pour double raison.
RICHARD
Comment cela ?
LOYS
D'abord, Seigneur, le gios lord m'aime
Pour mes vers.
RICHARD
Pour tes vers !
LOYS
Moi, je l'aime, de même, Pour son vin. — Plus , voyez où l'amour s'est niché ! Notre susdit gros lords'étant amouraché D'une geiite personne ayant pour nom Paquette , C'est moi que son amour charge d'en faire emplette. — Il lui fait des cadeaux que je garde.
RICHARD , malicieusement.
Pour toi.
J'entends. — Pour toi l'argent, — mais la femme?
Pour moi.
RICHARD
Quel maraud est-ce là ?
LOYS
Je suis donc, par le maître.
Reçu de jour. — La nuit, j'entre par la fenêtre.
RICHARD
Hein?
LOYS
Certaine beauté qui pour Loys conçut Le plus ardent amour dès qu'elle l'aperçut, Nous y reçoit.
RICHARD
Et c'est...
LOYS
Oh! rien que la suivante , Mais point sotte d'ailleurs, — de plus, fort avenante , £t qui me fait aussi de petits dons parfois.
RICHARD
Ah ça ! tu prends partout , d'après ce que je vois. « Les petits dons de Tune et les cadeaux pour l'autre, » Quel métier fais-tu là ?..
LOYS
«J'exerce, en bon apôtre.