‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 216 sur 391 · LE JEUNE FRANC · texte numérisé non relu

LE JEUNE FRANC

Le chef m'a dit, mettant son casque en iCle.

Suis-moi.

En avani donc! car la guerre est en félc.

Et toi, Vasscnl les saints, blanche fille des Gaules,

Qu'un jour.

272 CllLOTAIUi: I.

Nous reparlions long-temps, sous ces vieux saules, D'amour.

(Il sort. On entend le chant qui va s'affaiblisant.) ciiLOTAiriE, qui a écouté.

J'eus l'envie, un instant, D'écraser ce joyeux misérable. Et, pourtant , Qu'a-l-il fait? — Il chantait en soldat; et, naguère, W'aimais-je pas aussi les fêtes de la guerre ! Qu'aimé-je, maintenant? Dans moi, tout est détruit: Repos, espoir; plus rien: pas d'amis; chacun fuit Le fou royal qu'on craint ; et, majesté damnée. Muré dans ma grandeur, ruine abandonnée Que hantent les esprits, seul je reste à soufl'rir, A prier, à trembler ! Oh ! si j'osais mourir.

(Il tombe accablé sur le tertre, la tête dans ses mains.)

CHLODOALD.

11 faut (juc je lui parle.

liALUA , voyant Chlotaire se relever soudain. Attendez. —

CHLOTAIRE.

Tout m'accable !

Partout joie et clarté, hors dans moi, misérable ! Ce soleil, j'en suis las! — Je voudrais, par moment, Que l'antique chaos l'emportât brusquement. — Que tout fut nuit. Le jour, Dieu nie voit trop. Il semble Que son regard me cerne; — oui, mais la nuit, je tremble; Car l'enfer veille ! — Ainsi, pas de répit pour moi. Le jour, c'est Dieu ! la nuit, c'est le démon ! A quoi Sert-il donc d'expier ? Tout ce qu'un roi peut faire, .Te l'ai fait. — J'ai fondé chapelle, monastère. Église ; j'ai semé l'aumône à pleines mains. Prodigué mes trésors sur les tombeaux des saints ; Et, prêtre ou saint, pas un qui m'ôte à ta justice. Dieu terrible! pas un qui le veuille ou le puisse ! Kl, s'ils ne peuvent pas, à quoi donc sont-ils bons?

Clll.ODOAI.D, à lialda.

Vous l'entendez! Il rroii que Dieu vend ses pardons.

ACTt; V , SCÈNE V. 273

Ces prêtres imposteurs ! — des traîtres! — race avide. Vivant sur nos remords ! — Allons, le ciel est vide : Pas de saints, pas de Christ !..

CIILODOALD, s'avançant et l'interrompant briisquement.

Tais-loi, blasphémateur, Ou cesse d'outrager le divin Rédempteur. — Respect à son saint nom !

(Pendant la scène suivante, Ilalda reste dans le Tond, faisant

par moment un pas, puis s'arrétant.)

CHLOTAIRE, reculant.

Quoi donc! quel est ce prêtre?

Doù vient?.. Mais, par l'enfer! je le crois reconnaître ; Oui, ce moine maudit par qui Chramnc sauvé Put s'armer pour mourir !

(Allant sur Cliludoald avec fureur.)

Donc, tout est arrivé Par la faute. El lu viens nous braver de la soi te ! Crois-tu donc toute haine au fontl de ce cœur morle :' Sais-tu ce que je puis?

CHLOUGALD, avec un grand calme.

Me tuer si tu veux; Je le sais. — Couronner tes forfaits ; — tu le peux.

CHLOTAIRE.

Tu dis vrai, je te tiens, moine, sous ma vengeance.

Eh bien ! lu peux encor sauver ton existence.

i^coute : l'on m'a dit que vivait en ce lieu

Un saint homme, et c'est toi ; que, puissant près de Dieu,

Plus que maint haut prélat, lu peux, comme saint Pierre,

Ouvrir le ciel ; eh bien ! ouvre-le pour Chlolaire.

Itachète ainsi tes jours et mon âme ; absous-moi 1

(Voyant que Clilodoald, sans répondre, le considère avec une sorte d'ètonnenicnt mêlé de pitié,)

lu le lais ! prends-y garde, 0 moine ! —je suis roi, -le suis armé, — la mort suil (W près mes colères...

274 CHLOTAIRE I.

CHLODOALI).

Il menace! Et, d'abord, qu'as-tu fait de mes frères?

CHLOTAIRE, élonné à son lour.

Quels frères ? que dis-tu ? Je ne te connais pas. Quelques Romains obscurs qu'ont tués mes soldats. Sans doute ? Et de leurs faits veut-on que je réponde? Quant à moi, j'ai fauché sur les hauteurs du monde; Mais Dieu, qui m'en punit, sait aussi que ce bras, Frappant moins que des rois, eût cru frapper trop bas.

CHLODOALD, avec iiidigiiation.

Orgueil de meurtrier se drapant dans ses crimes! Tu me fais, malgré moi, m'indigner. — Pour victimes. Il le faut donc des rois? — Eh bien ! sois satisfait. Réponds à Chlodoald : Mon oncle, qu'as-tu fait Des fils de Clodomir?

CHLOTAIRE, reculant avec épouvante.

Chlodoald ! cieux et terre !

Ce prêtre, Chlodoald !

CHLODOALD.

Oui, ce prêtre ; le frère De deux enfans, nés rois, qu'en un même linceul. Le meurtre un jour saisit; ce prêtre, resté seul Pour te demander compte, à toi, qui le menace. D'une race aussi noble et haute que ta race ! Et maintenant, tu vois : leur mort fut un forfait Assez royal, je pense ! Ainsi, qu'en as-tu fait ?

HALDA, s'avançaiit vers lui.

Et moi, les miens, hélas ! qu'en as-tu fait, Chlotaire ? (Clilotaire se retourne épouvanté.) Réponds-moi : Qu'as-lti fait des enfans et du père ?

CHLOTAIUE, reculant.

Saints du ciel ! c'est Halda, maintenant. Qu'est-ce, ici ? Que voulez-vous tous deux?— Quoi ! les vivans aussi Me viendront accabler! — Place à Chlotaire. place ! Laissez-moi tous.

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