ACTE I, SCÈNE VU
DUiNKAiN , frappé.
Quoi? Seigneurs, en effet!
Car, alors, qui de nous eût commis ce forfait, S'il fallait que Randolph ne fût pas parricide?.. Ce mort dit que c'est moi!..
FERGUS
Vous!
UUINK.AN.
FERGUS
Moi!
Vous, fratricide ,
DUNKAN.
Mon père !
Fratricide !
FERGUS
Ob ! mais non ! Tout ceci Est trop affreux!.. C'est faux!
DU.'SKAN, commcnraiil à re\enir à lui.
Faux! qui donc parle aiusi?
FERGUS
Moi, Fergus,, votre fils... Oh! vous venez de dire !.. Mais, c'est faux, n'est-ce pas? c'est faux, c'est du délire !
DUISKAN.
Du délire !
FERGUS
Oui, parlez, ne comprenez-vous plus?
Mais, parlez donc, c'est moi!., c'est votre fils, Fergus. Parlez : dites qu'enfin cela n'est pas possible , Et que vous n'avez point commis ce meurtre horrible.
DUNKAN.
Ce meurtre?., du délire?.. Et tu m'as écouté! Et moi j'ai dit... Eh bien! j'ai dit la vérité!
FERGUS, reculant avec horreur.
La vérité! c'est vous... 0 puissance céleste! Ne m'ôtcz pas le peu de raison qui me reste.
5<»8 L'IlfeKlTAGIi Di: MAI,.
DUNKAS.
Fergus'..
rERGUS.
Que voulez-vous?., pourquoi m'approchez-vous? Ne voyez-vous pas bien son cadavre entre nous? Et moi , suprême Dieu , moi qui doutais encore !
(ÊicMulaiit la main.) Oliî vous clés...
DUNKAN , rinterrompaïU.
Ton père! un pécheur qui t'implore!
Un pécheur faible et vieux, brisé, désespéré, Un mourant! car, bieniôt... car, ce soir, je mourrai.
Oui ! pas avant Fergus.
DUNKAN.
Comment? que veux-tu faire?
FERGUS
Ah! vous-même, plutôt, qu'avez-vous fait, mon père? Laissez; c'est trop horrible ! — O dégradation! Quoi î cet objet sacré de mon allée lion , Ce vieillard, à mes yeux, si calme dans sa gloire ; Ce dernier des aïeux, grand comme leur mémoire ; Cet homme dont, en moi, je m'enorgueillissais. Que je montrais à tous, dont, partout, je disais: Vous le voyez, c'est lui, mon père, âme loyale. Gentilhomme en tout point, vertu pleine et royale! Mon père! et ne pouvoir, maintenant plein d'effroi. Le voir là, sans songer... Laissez-moi! laissez-moi! Je veux mourir!..
DUNKAN
Mourir! et s'il faut que lu meures, Qui prîra Dieu pour moi?
FERGUS, la lêlc dans ses mains.
Pour vous ! pour vous !
nUNKAN.
Tu pleures ?
ACTL' i. SCtiNt VU. 209
lu pleures maiulcnanl?.. Ecoule jusqu'au houi;
Tu me maudiras uïoins lorsque tu sauras toul!
Puis, ce secret fatal, — il faut que tu promettes...
Oh ! vois-tu? pour le sang, ces mains n'étaient point faites !
Mais, un démon...
l'ERCUS.
Donald, peut-être?..
DU.NKAN.
Tu l'as dit...
Kt, comment, par degrés, cet homme me perdit, (.oiiiment il m'enlaça dans cette horrible trame , Sache tout !..
(Il s'assied.)
Kt que Dieu prenne ep pitié mon Ame, Comme il est sûr, Fergus, après ce que je lis. Que c'est un confesseur bien terrible qu'un tils.
i-Encis.
Oh ! terrible, en effet!
DUNKAN.
Ecoute donc, écoute...
Quel fut mon pauvre frère , il t'en souvient, sans doute : Aimant son lils, mais rude en son extérieur; Son lils raimaat aussi, mais fougueux, mais railleur: Si bien que père et fds se querellaient sans cesse. De plus, et tu le sais, leur commune rudesse. Ces hautaines façons qu'ils portaient en tous lieux Froissant plus d'un vassal, surtout les orgueilleux. On détestait Randolph, on n'aimait pas mon frère!..
FERGDS.
Oui, oui, je sais cela.
DUNKAN.
Moi, — c'était le contraire.
Tous m'aimaient... Cet esprit qui porte à dominei , Faisant que, dès long-temps, j'avais su les gagner... Sombre esprit!. Car, un jour.. Mais, vois donc.
FK.n(;l'S.
Quoi?
300 L'HÉRITAGE Dl MAL.
DU.NKAN.
Serait-ce Ma vue, ou la clarté de ce flambeau, qui baisse ? Approche-le , Fergus , ranime sa clarté.
(Fergus rapproche la table où est le flambeau.)
Je n'aime pas rester, seul, dans l'obscurité. — 6ien,plusprès.Unjour donc, six mars, jour où nous sommes, Tous deux se querellaient devant leurs gentilshommes; Et moi, j'étais là... Toi, tu ne t'y trouvais point... Tu ne rentras qu'au soir... Mais, qu'importe? à quel point, Ils en vinrent tous deux, personne ne l'ignore... Robert frappa son fils... Et lui... — Je crois encore Voir chacun frissonner aux paroles qu'il dit. — Lui, menaçant son père, à voix haute, sortit. Tu juges de l'effet qu'un tel éclat dut faire. Chacun s'en indignait, s'empressant vers le père; Et moi , j'étais pensif, lorsque voici...
FERGUS
Voici?
DUNKAN.
Que ce Donald, alors... Écoute bien ceci...
Ce Donald, achevant ma perle commencée,
— Car déjà, dès long-temps, autour de ma pensée.
Il rôdait, y cherchant quelque projet hideux ,
Et c'est là le malheur des puissans, quand, près d'eux.
Se glissent de ces gens qui s'onVent sans relâche ,
Mercenaires vendus à toute sombre lâche ; —
Ce Donald, aussitôt, d'avancer sourdement
Que l'on pouvait bâtir sur cet événement.
Qu'un prompt effet pouvait suivre celte menace ;
Qu'on en parlait déjà ; que, I\obert mort, sa place
Me revenait de droit ; ciu'il y fallait songer ;
Que la chose, pour moi, n'entraînait nul danger ;
Un pareil fils, de tout, pouvant sembler capable ,
Et trop haï, d'ailleurs, pour n'être point coupable,
i-F.nci's.
L'iiilame! — Et vous?..