‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 288 sur 391 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FERGUS, PATRICK

PATRICK, à part.

Mourir!

(il s'avance, cl piùbciiiaiu à l'ciKiis le llaton.) Voici , sans doute...

ACIK V . SCi.NL V. :5-i

KKRCiUS, le |>rena4it.

Oui, c'est cola... Merci!

Kt iiiaiotonaiit... adieu, mon enfant.

(Détaillant une bague de son doigi.) Prends ceci En souvenir de moi.

PATRICK, avec étonnemcnt et crainte.

De vous, mon maître? il semble Que nous ne devions plus nous retrouver ensembh».

FKIM.IIS.

Kh bien! Patrick!..

VATBICK.

Eh bien! alors, pillé pour nous!

Tout à l'heure : Fergus veut mourir, disiez-vous. Mourir! auriez-vous donc. Seigneur, celte pensée?

l'KlUiDS.

Non pas, mais...

PATKICK.

Mais, pourquoi celle léte baissée-' Ce regard sombre? Hélas! cher Seijjneur, je le voi : Vos paroles... votre air... plus de miitlre pour moi; i.e ion ne rira plus.

(Il pleure.)

l'EnGl'S.

Quoi! des pleurs?

Oui, je pleure.

Allez, allez, mourez. Chacun sa dernière heure. Dit la chanson... Mourez... Patrick aura son tour, Comme le bon vieux Volf... pauvre chien ! Un beau jour. Il arriva qu'on mit son maître dans la bière. Si bien que lui, prenant le deuil à sa manière. Se coucha sur la tombe, et là, gémit, gémit, Puis expira. De même un jour, si quelqu'un dit: .le n'entends plus chanter Patrick, où peut-il être?

372 i;hêp.itage m mai..

On répondra : Là bas, au tombeau de son maitrc.

Le bon maître est mort que j'aimais, Ciiacun, ciiacun sa dernière lieure ; Le bon maître est mort que j'aimais.

Oh! que l'on pleure! que l'on pleure!

Il est allé vers la demeure D'où l'on ne revient plus jamais!

(Il fond en larmes.) FERGUS, les larmes aux yeux.

Mon pauvre fou! ta main!,, car, dans de tels malheurs. Vois : ton attachement, Patrick, force mes pleurs. Et, malgré moi je sens, à cette heure suprême, Qu'il est toujours cruel de quitter qui nous aime. Mais il le faut, ainsi, plus un mot là-dessus. Seulement, mon enfant, quand tu ne m'auras plus. Va trouver la comtesse, et dis-lui : Noble dame. Celui-là qui mourut, vous nommant en son âme, Celui-là m'a mandé vers vous. Son cœur est bon , Elle ne te pourra laisser à l'abandon.

Et t'aimera pour moi, moi qui l'ai tant aimée.

PATRICK, baisant la main de son maître. Mon cher et bon Seigneur!

FERGUS

Puis, ma tombe fermée.

Lorsque du sol maudit où mes os dormiront Avec honte et dégoût, tousse détourneront, Toi, Patrick, jette-s-y quelques fleurs, mais fanées. Pour attester, hélas! qu'en mes jeunes années. Tout ce qui fleurissait autour de mon honneur, Gloire, amour, tout ainsi s'est fané dans mon cœur.* Mais, quoi?., l'on vient à nous...

(Retirant sa main de celle de Patrick.)

Cesse , bon Patrick , cesse.

Page 1