‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 310 sur 391 · SCÈNE VI. a · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. a

Tandis que, nun moins creux, par manière et par ton. D'autres en font autant, comme on porte un lorgnon.

HÉLÉNA et MAUBRAY, indignés.

Oh!..

BLANCiON.

Tous, singeant ainsi Job, saint Luc ou Moïse . Et ne mettant jamais le nez dans une église ?

MAUBRAY

L'église !

UËLÉNA, souffrante.

Gomme si Dieu n'était point partout!

MAUBRAY, presque en pleurs.

Mais, Monsieur!

(A part.)

S'il poursuit fort long-temps dans ce gortt . Expulsé le digne homme; il peut gagner la porte.

(Haut, avec le môme Ion pleureur.) Qu'on n'aille ou n'aille point à la messe, qu'importe? Ces désirs, ces transports, révélant Jéhova, Me sont-ils point partout où le poète va?

(A part.) Bonne phrase.

(Haut.) Partout!..

IIÉLÉNA, pâmée.

OÙ va l'àme?..

MAUBRAY

Oui, Madame, Oh! oui, partout où va l'oiseau, la brise...

MAUBRAY et IIÉLÉNA, à la fois.

Et l'àme ! — Partout où...

RLANCION.

Bref, partout où la raison n'est pas.

A 08 LE PSIXDONYML.

Plaisans dogmes, ma foi, que ce galimatliias; Qu'une dévotion de brise et d'oiseaux faite !

MAUBnAY.

Mais...

ULANCION.

Mais, lorsque l'on n'a que ceci dans la tête, On est vide. Monsieur, ce que vos rimeurs sont. — Enfin, une croyance est une idée, au fond. Bossuet, Bourdaloue, étaient gens déchiffrables, Et comme vos hâbleurs de phrases lamentables, On ne les voyait pas gémir sur un roseau , Apostropher le ciel h propos d'un ruisseau. Ou bien encor crier , — grand sujet d'infortune ! — Seigneur! Seigneur ! pourquoi ne suis-je pas la lune? Pourquoi ne suis-je pas les étoiles? pourquoi Ne puis-je, avec les vents, chanter : Louange à toi? Plus , cent autres pourquoi venant tous à la file ! — Eh! pourquoi n'as-tu pas du bon sens, imbécille? Que me font tes hélas \ tes pourquoi, tes mon Dieu? — Que diable! si tu veux nous toucher quelque peu, Dépeins-nous clairement quelque soufliance claire ; N'importe quoi, quelqu'un qui voit mourir sa mère , Ou bien encor ceux-là qui n'ont ni bois, ni pain, Gens moins pleureurs que toi, bien qu'Usaient froid et faim. Voilà qui vaudrait mieux que ton pathos mystique ! — Mais, non, plaindre un bi in d'herbe est bien plus poétique! Des douleurs d'homme à jeun ! diraient-ils tous. — Fi donc! Parlez-leur de chanter l'extase d'un vallon. Les soupirs d'un parfum, d'un astre, d'une brume. Presque rien, moins que rien .. De quoi faire un volume. De quoi faire infuser, dans leur cervelle en pleurs, Assez d'herbe, d'azur, de coteaux et de lleurs, Pour que leur verve après fume à pleine sottise. — Et vous trouvez mauvais qu'on les ridiculise ; Vous condamnez. Monsieur, l'ouvrage en question? Soit ; mais, moi, je l'approuve ; et ma conclusion , C'est que, pour leur apprendre à larmoyer sans cause, Pour leur faire crier : Mon Dieu! pour quelque chose. Leur faire, tout leur soûl, digérer leur patois. On devrait tous, Monsieur, vous les meiire un bon mois

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