‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 354 sur 391 · D'AUBIGNÉ · texte numérisé non relu

D'AUBIGNÉ

GASTON

 moi^ ma douce blonde.

d'aubigné.

A moi, ma noble brune.

GASTON

Ah ! brune ?

d'aubigné.

De cheveux, s'entend. —

GASTON

Va ne peul-oit Savoir le nom charmant de ta brune ?

d'aubigné.

Assuérus ! —

Plaît-il ?

Assuérus.

Son nom?

GASTON

d'aubigné.

Je te dis qu'il se nomme

GASTON

Comment, //? — Ta brune est un homme, A présent. —

d'aubigné.

Plus qu'un homme ! un ange! un prince! un Dieu! Un ange ! car voyez comme, follets en feu. Vont les tendres pensers voletant autour d'elle ; Un roi ! car contemplez, escorte solennelle. Tous ces grands inclinés qui lui disent : Seigneur ! Un Dieu ! car, sans en faire une idole en son cœur. Qui pourrait avoir vu ses deux lèvres, deux roses. Gravement déclamer tant de royales choses? Sans compter ce lourd sceptre en sa petite main, Etce pesant manteau drapant son jeune sein. Et sur son frais visage, enfin, sa barbe noire...

ACTL I, SCtMi M, /l8j

GASTON

Oui! Si je le comprends!..

d'auuigné.

Eh! C'est louie une liisloirc A le conter. Ainsi, ce que tu ne sais pas, Mon cher, c'est que, pendant que tu pestais là-bas, Notre sœur, qui dès-lors remuait ciel cl terre Pour épouser... lu sais?., chose qui doit se faire Sous peu même, dit-on , — ma sœur, de son côté. Pestait fort, ayant cru voir dans Sa Majesté Certains petits retours vers d'augustes lrcd;iincs , Comme spectaclos , bals, mascarades soudaines , Où jadis ce grand roi figurait chaque jour, Faisant maint rond de jambe en face delà cour. Tant que ma sœur, craignant qu'il n'y perdit son ame , — Comme elle son ciédit, — pensa, chrétienne femme ! A faiie que le roi s'amusât de façon Qu'en allant au spectacle il allât au sermon.

GASTON

Au sermon !

D'AUniGNÉ.

Ce dont fut chargé Hacine; cl comme Il csl bon courtisan, parlant dévot, — notre homme De rimer prestenient trois actes sur Ksther. Trois sermons ! mais, par qui prêches? par(pii, monclioil Par nosjeunes beautés do Saiiil-Cyr.

GASTON

liah !

d'auuigné.

Par elles!

Tous les rôles, Gaston ! tous, màlcs ou remclles , Barbus ou non.

GASTON

Si bien que ton...

fil clicrchc.) D'AI'BIGNÉ.

Assué...

/l80 D'AUBIGNÉ.

TOUS DEUX, à la fois.

Uus.

GASTON, seul.

Ta brune, enfin, était...

d'aubigné.

Une des plus barbus.

Oui. Ce qui me charma, comme bien tu peux croire; D'autant que ce soir -là, circonstance notoire! Ce soir-!à, me sentant l'estomac fatigué , Ma foi ! j'avais soupe très long-temps ; j'étais gai.

GASTON

Oui!

d'aubigné.

Fort gai. — Non, d'abord, qu'en celte humeur alerte, La pièce vous maintînt. D'admirables vers, certc ! Mais, tu sais, ces grands vers, c'est si beau que, parfois...

GASTON

On baille.

d'aubigné.

En admirant. Puis, de plus, tu conçois: Qu'une enfant de seize ans ligure, pour tout rôle. Soit Esther, soit Elise , à cela rien de drôle! Aussi, demi-plongé dans un heureux oubli , Admiraisje, à pari moi, d'un air très recueilli. Lorsque, soudain , un bruit s'élevant, je m'éveille. C'était... — Je l'ai déjà décrite , — ma merveille! Mon ange ! et, de lui voir cette barbe, Gaston, Noir fouillis qui semblait blesser son frais menton , Surtout de lui voir prendre, enfant au pied folâtre , Les pompeuses façons d'un prince de théâtre, Et fort royalement alors , comme ceci , Dire: Volez , Asaph ! — Oh ! de la voir ainsi , C'était charmant! jamais mascarade jolie Ne fut de plus d'attraits plaisamment embellie ! Si bien qu'à certains vers où la belle, je croi, Parlait de couronner le mérite et la foi , Ma foi ! n'y tenant plus, de façon fort ingambe. Vers elle, toul-à-coup, je bouscule, j'enjambe ; Mais, las ! à l'instant même où j'allais galamment, Lui tourner sur sa barbe un fort beau compliment.

iir

Entrons dans quelques détails sur les suites de cette comédie, qui s'annonçait dune manière si alègre. Le scénario informe que nous avons sous les yeux ne nous olfre malheureusement que les lignes principales du plan de l'auteur, et nos souvenirs ne sont pas assez fidèles pour suppléer à toutes les lacunes du manuscrit.

D'Aubigné présente Gaston à i>l°" de Maintenou, et obtient d'elle une audience pour le jeune soupirant. D'autre part , il se propose lui-même de retrouver son Assuérus. Gaston , de sou côté , remet prestement h son Aline une lettre où il lui demande un rendez-vous. Mais, ô étourderie bien digne d'un amoureux ! au lieu de la lettre , il lui donne une copie de la fameuse satire.

Au second acte , nous sommes dans les appartemens de M'"" de Maintenon. Aline a lu la satire , et elle a, maintenant , bec et ongles contre sa rigide patronne. Quant h celle-ci, elle n'a pu revoir Gaston sans une émotion un peu tendre. Elle trouve que l'absence lui a donné de nouvelles grâces ; mais, qu'importe? Il faut, avant tout, qu'elle devienne reine de France. Et , pourtant , voyez la bizarrerie du cœur féminin , elle lance vertement Aline pour avoir souffert qu'au bal de la veille Gaston lui adressât deux fois la parole. On voit que les amours de nos deux jeunes gens sont un peu aventurés. Surcroît d'encombre ! La Reynie envoie dire qu'avant la fin du jour il aura mis la main sur l'auteur de la satire. Effroi d'Aline ! En ce moment.

survient d'Aubigné , plus passionné que jamais. Aline, aussi tôt, sachant l'amitié qui l'unit à Gaston, le charge d'un rendez-vous pour celui-ci. — De la part de M"' Aline de Lussan , s'écrie d'Aubigné avec le sourire d'un homme qui est dans le secret ! — Sans doute , répond Aline ; puis , elle ajoute : Je n'y serai pas seule ; mais nous tâcherons d'occuper ma compagne. — Soyez tranquille , Gaston l'occupera. — Ainsi , c'est convenu. Ce soir , près du bassin de Neptune. Vous y serez? — Si j'y serai, divine Assuérus ! — Bref , le quiproquo est complet, et le prompt retour de M"" de Maintenon ne permet pas cl d'Aubigné de se tirer d'erreur. Il est étourdi de sa bonne fortune. Mais s'il bat des mains au succès de son amour , il n'en est pas de même de M"" de Maintenon. Dans son entrevue avec Gaston , elle n'a pas eu besoin de tempérer l'ardeur de ce jeune homme , en lui rappelant qu'elle ne s'appartient plus. Gaston n'avait désiré la voir que pour lui demander la main d'Aline. Dépit mal contenu de M'"» de Maintenon : elle est piquée au vif, et congédie le solliciteur avec des paroles aigres-douces. Bien plus, se rappelant avoir surpris tout i\ l'heure d'Aubigné en secrète conférence avec Aline, elle le fait mander et lui propose la main de cette jeune fille. — Elle vous a donc parlé, s'écrie d'Aubigné ? — Nullement; mais qu'elle le veuille ou non , il faudra bien qu'elle vous épouse. — Oli ! je pense qu'il ne sera pas nécessaire de l'y contraindre! — Comment? — Nous avons un rendez-vous pour ce soir près du bassin de Neptune. — Sur ce , lamentations hypocrites de M"'" de Maintenon. Mais sa joie n'en est que plus grande en voyant que Gaston n'est pas aimé. — Après la révélation d'un tel secret , poursuit-elle , ce mariage devient plus que jamais indispensable. Trouvez-vous donc à ce rendez-vous. Je vous y surprends , et il

n'y aura plus , alors , moyen de s'en dédire. — Mais , ma sœur... — Je me cliargc de la dot , et je paie vos dettes. — Ces derniers mots ferment la bouche h d'Aubigné.

Au troisième acte, nous sommes dans le parc, près du bassin de Neptune. Il fait brun. Gaston et d'Aubigné se félicitent mutuellement , et , d'avance, rient beaucoup de la surprise de M""^ de Maintenon, lorsqu'au lieu d'un seul mariage elle en trouvera deux à conclure. Sur quoi, cliacun de s'extasier sur sa belle. Fatuité extrême de d'Aubigné. Paraissent deux fertimes. Nos deux jeunes gens de se réjouir, et chacun de faire effort pour distinguer la maîtresse de l'autre. — C'est étonnant , se disent-ils mutuellement ; mais elle n'a pas la tournure très jeune. — La tienne?— La tienne, plutôt. — Balbien feint lout-à-coup d'avoir oublié ses Heures sur un banc du parc, et s'éloigne. Alors les deux amis de se dire l'un ;\ l'autre : — Voici qu'elle se retire 1 Cours donc. — Cours toi-même. — Puis , tous deux s' approchant à la fois d'Aline : — Charmante Aline ! Divine Assuérus I — Explication finale qui n'est pas entièrement du goût de d'Aubigné ; mais il prend son parti et part d'un grand éclat de rire. Tous les trois, alors, cherchent îi comprendre la conduite de M"" de Maintenon. Ils ne tardent pas à deviner tout. Indignation de d'Aubigné , en voyant le rôle qu'on voulait lui faire jouer; mais il se réjouit en songeant au prochain désappointement de sa sœur. Soudain , M"'« de Maintenon paraît avec sa suite. Scandale ! Deux hommes au lieu- d'un! Or ça , quel est le mari? s'écrie l'un des spectateurs en riant. — Mol , dit Gaston. — Oui, ma sœur, ajoute d'Aubigné; et connaissant l'intérêt que vous portez à ces deux jeunes gens, je me trouvais ici en qualité de témoin.— Colère concentrée de M'"' de Maintenon, qui se voit

prise à son piège. En ce moment, survient La Ileynie avec des nouvelles fâcheuses : on soupçonne M. Gaston d'être l'auteur du libelle. — Je suis désolée de troubler votre joie , s'écrie M""" de Maintenon en se tournant vers l'heureux amant ; mais je ne puis empêcher que justice se fasse, et que M. La Reynie exécute les ordres dont 11 est charge. — Qu'il les exécute donc, interrompt d'Aubigné , car c'est moi qui suis l'auteur de ce libelle. — Vous, mon frère ! Allons ! vous ne le connaissez même pas. — Il le connaît si peu , s'écrie , à son tour , Aline , qu'il m'en a remis une copie ce matin; et la voici ! — On annonce le roi. Aline, poursuivant : — Et je vais avoir l'honneur de la remettre moi-même à Sa Majesté, afin qu'elle juge par elle-même si cela peut motiver une arrestation. — Bien joué ! dit d'Aubigné. — Puis, s'approchant de M™* de Maintenon : — Consentez à ce mariage , ma sœur. — Eh ! Monsieur, qu'ils se marient ! Je ne m'y oppose nullement. Je fais plus : la dot que je devais solliciter pour cette jeune fille auprès du roi, en considération de votre union avec elle , je ne la solliciterai pas moins. C'est ainsi que je me venge. — Le roi !

FOULC DE LA TRIBARDE,

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