DRAME EN TROIS ACTES
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ACTE PREMIER.— Une place. Dans le fond, la mer. A la gauche du spectateur, palais d'Aguzzi, avec balcon. A la droite du spectateur, taverne ouvrant sur la place ; vers le fond, du même côté, une rue. Il fait nuit.
FLORELLA, au balcon; LODOVICO, sur la place. — FLO- RELLA : — Oh ! Messer, si je n'en croyais que mon cœur, certes, jamais Florelia ne vous dirait : Partez. Mais, voyez, n'est-ce pas l'aube qui là-bas blanchit l'horizon ? — Non, Florelia, non; ce ne peut ôlre l'aube, mais bien plutôt quelque pâle ange des nuits, aux ailes déployées, qui du haut des nues sourit à nos amours. — Hélas! hélas! Lodovico, c'est l'aube. Quelqu'un pourrait votis voir, partez. — Est-ce Florelia qui parle ainsi ? — Non, ce n'est pas Florelia. Florelia dirait toujours : Restez ! mais la pupille de messer Aguzzi vous dit : Parlez. S'il nous surprenait, tout serait perdu, Lodovico! — Eh bien! un dernier mot avant que je vous quitte : ce mariage, auquel on veut vous forcer, y consentirez- vous, Florelia? — Jamais ! et je vous en fais serment sur ce que j'ai de plus sacré , Lodovico , sur la mémoire de ma mère ! Hélas ! si elle vivait encore, sa malheureuse fille ne se verrait point ainsi tyrannisée par un homme qu'elle déleste, par un homme... Mais, n'entendez-vous pas?., une porte s'ouvre et... — i,odovico : — Chut!
JACOB AGUZZI et CIIICHETTO paraissent à une petite porte du palais. Jacob, maigre, effilé, couri)é. Pourpoint noir collé sur des formes anguleusement fluettes; soixante ans. Cliicbetto, diminutif de son maître, encore plus sec, plus jaune, plus menu.
/192 FOILC DE LA TUIBARDE.
Loilovico se bloUil daus l'ombre produite par une des saillies de la maison. Jacob est un des personnages les plus riches de la ville, l'our accroître encore ses biens, il veut épouser sa nièce, la douce Florella, et, d'autre part, il aspire à se faire nommer chef de la seigneurie. A l'heure où nous sommes, il se propose d'acheter à prix d'or l'intermédiaire tout puissant de Foule de la Tribarde, chef de condottieri. Chichetto est chargé d'aller remettre à Foule une lettre qui contient la liste des partisans de Jacob. Le prudent Chichetto exprime la crainte que la lettre ne tombe en de mauvaises mains. — Que m'importe? (Répond Jacob pour rassurer son dévoué serviteur.) Je n'ai ni écrit, ni signé. — CHICHETTO : D'accord , Messer. Mais, j'ai écrit, moi; et que deviendra mon pauvre cou? — Bon, bon, rassure-toi , mon enfant : on ne pend que les gens iinportans. — Chichetto se résigne, non sans pousser quelques douloureux soupirs. Au retour de sa dangereuse mission , il surprend Lodovico, qui s'était rapproché du balcon de Florella, et qui proposait à la jeune fille de s'enfuir avec lui de la ville ; mais Chichetto risque fort de payer cher cette découverte , et , sans sa prestesse et l'assistance de la nuit, il aurait pu faire connaissance avec l'épée de Lodovico. Foule a été témoin de celte scène du haut de la fenêtre de la taverne. Resté seul, notre jeune amoureux s'assied sur un banc de pierre, et s'ensevelit dans ses amères méditations. Cependant, la nuit se dissipe et le jour se fait ; alors, la porte de la taverne s'ouvre et la cabarciière Giovana paraît. Apercevant Lodovico, elle va lui frapper amicalement sur l'épaule: — Elibien! mauvaissujet, oii a-t-on été toute cette nuit, qu'on ne vous a point vu? — Ah! c'est vous, Giovana ! — Oui, moi. Où avons-nous été? — Comme toujours. Je l'ai suivie, liier au soir, jusqu'à l'abbaye du père Bonini, où elle va souvent, comme vous savez. Je lui ai glissé un billet dans la main. — Puis , après? — Eb I)ien! après, je lui ai parlé celte nuit à ce balcon, vous voyez? Je suis bien malheureux , Giovana ! — Malheureux? en quoi? On reçoit vos lettres, on votis parle, on vous aime... — Et on est près d'en épouser un autre! — Son tuteur, vous voulez dire? — Sans doute. El comment voulezvous que je m'oppose à ce mariage? Homme sans nom et sans famille, aventurier qui n'ai que mon épéc, et qui, sans vous, Giovana , mourrais de faim , que voulez-vous que je