‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 357 sur 391 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ACTE DEUXIÈME. — Chez Jacob. Une chambre; porte au fond, porte latérale. Du côté opposé, i)ureau couvert de papiers; table et fauteuils.

BONINI, assis près de la lable et lisant une lettre. — JACOB, debout près de la porte latérale, dit à Chichetto : — Ainsi, tu as tout disposé, dans cette chambre, suivant mes instructions? — cuiciiETTO : Comme vous pouvez voir : de vieux meubles, de vieilles tapisseries. Le strict nécessaire, rien de plus. — Très bien, Chichetto, très bien. Et tu as eu soin, n'est-ce pas, d'enlever aussi les guitares, les livres, tout ce qui peut vaincre l'ennemi et entretenir l'exaltation?

— Tout, Messer. — Et ses femmes ont eu leur congé, Chichetto, elles sont parties? — Parties, Messer. — A merveille! J'espère que cette petite solitude domptera la jeune fille, Chichetto? Et maintenant, mon enfant, va vers elle, et dans un petit quart d'heure, environ, amène-la-moi. Tu m'entends? — Oui, Messer. — De même, quand viendra le seigneiu' Foule, avertis-moi. Va. (chichetto sort.)

jACon, allant vers Bonini : Vous avez lu? — BONiNl : J'ai lu. Ainsi, Foule va venir? — Sans doute. (Sur ce, représentations du père Bonini : il connaît mieux que Jacob les mœurs des condottieri, et particulièrement de ce Foule de la Tribarde.)

— BOMNi : Ces gens-là ont de la probité à leur manière; et Foidc a juré fidélité à la seigneurie. — jacob. Jusqu'à concurrence de la solde offerte, mon bon ami; et je lui offre un tiers de plus. — Ce n'est pas une raison, par saint Jacques ! et vous pouvez avoir là-dessus des idées qui ne sont pas les nôtres. — Les nfttres ! — Je veux dire les leurs, Jacob. (Conclusion du père Bonini.) Qui n'a rien, risque tout, c'est clair ; mais, vous, Jacob, riche et prudent comme vous l'êtes, quel diable vous pousse à vouloir làler du rôle d'ambitieux? — Ambitieux, Bonini! hé! que non pas ! Je ne suis point assez fou pour donner dans de pareilles billevesées. — Alors, votre motif? — Une spéculation, une pure spéciUation, Bonini. Ecoutez : Vous savex que Jean Galéas de Milan a déjà cherché à acheter sous main la seigneurie ; or, Bonini, remarquez mon polit ca^

'l'JG rOLLC DE LA TlUCAUDE.

cul : Qu'ofli'e Galéas? quinze cent mille sequins, Bonini. D'autre part, quelle somme ai-je offerte à Foule pour me faire proclamer seigneur? Huit cent mille. — Eh bien? — Eh bien ! une fois seigneur, je revends. Bénéfice net : sept cent mille sequins. {a cela, rien à répondre. Bonini élève alors (les doutes sur l'obéissance de Florella.) — Bah ! bah ! nous saurons la dompter. — Mais si une fois à l'autel, elle dit non? — Elle dira oui. Et en supposant qu'elle le dît très bas , vous êtes mon ami , ne pourriez-vous passer outre , Bonini? — Et mes devoirs de prêtre, Jacob ! — Mon Dieu ! il est des accommodemens avec tous les devoirs, mon bon et vieil ami; et si je cédais à l'église les biens que vous savez!., sans parler de tout ce que je pourrais faire plus tard, si mes projets réussissaient... Eh bien? — Eh bien ! alors, Jacob, la volonté du ciel soit faite! Mais, voici votre nièce.

(Entre Florella, ) — JACou. Approchez, mon enfant, et parlez sans crainte : Etes-vous toujours dans les mêmes résolutions?— FLOUELLA. Toujours, Mcsscr, et je vous demanderai raison de la tyrannie dont vous usez envers moi. {}u'ai-je fait pour me voir ainsi privée de mes femmes? pour être chiissée de l'appartement que j'occupais? — jACoiî. (">et appartement ne vous convenait point, Florella.

— Et le motif? — Parce qu'il a des fenêtres sur la rue, mon enfant, et que l'air de la rue ne vous vaut rien, Florella. Ah! ah! vous rougissez. Allons, je ne pousserai pas plus loin les reproches, Florella; la jeunesse est légère, surtout quand elle est mal conseillée, et c'est pourquoi vous n'aurez plus de mauvais conseils autour de vous, mon enfant. Vous vivrez seule, abandonnée à vos bonnes inspirations, qui ne vous manqueront pas, j'en ai l'assurance.

— C'est-à-dire que vous m'emprisonnerez dans quelque cachot, sans doute ; mais vous n'y réussirez pas, je vous en préviens. Je m'enfuirai, Messer, et je trouverai quelque âme généreuse qui me donnera asile. — Le jeune homme de l'ajitre soir, peut-être. Florella , vous voyez cette petite chambre, c'est la que vous vivrez désormais, mon enfant. J'ai tout fait disposer pour que rien ne vous trouble dans vos réllcxions, et je ne doute point que vous ne reveniez ù

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