ACTE TROISIÈME. —Même décor qu'au premier acte
Foule recule de plus en plus devant la tûclie sanguinaire qu'il a acceptée. Il veut voir Lodovico pour le déterminer à un exil volontaire. Refus du jeune homme, insistance de Foule.
FOULC. Ecoutez : jeune et amoureux , vous vous figurez qu'on ne saurait survivre à une séparation d'amour; et moi, qui suis vieux, je vous dirai qu'on y survit très bien , que j'ai aimé comme vous, que ma jeunesse, en bien des points, poinrait servir de pendant à la vôtre; que j'ai été malheureux comme vous, plus malheureux, peut-ène , et que je n'en suis pas mort. — lodovico. Vous avez aimé ? — koulc. Oui ; autant qu'un homme le peut. Cela vous semble bizarre. A voir mes traits rudes , mon front cicatrisé , vous vous figurez ce cœur aussi dur tpe la peau de buffle qui le couvre ; vous vous trompez, et je vous dis, moi, que si vos regards pouvaient percer la poitrine du vieux Foule , peutêtre seriez-vous surpris de voir plus de cicatrices à son cœur que sur son visage. Tenez, je me sens porté îi vous vouloir du bien, et je ne sais pas trop pourquoi. Mais, n'importe ; je veux vous parler de ma jeunesse, de mes amours, etpeut-ètre cela vous fcra-t-il changer de résolution. — .lamais ! — Oui, vous êtes passionné, plein de fidélité loyale, comme je l'étais, et c'est tout simple. Vous n'avez pas encore roulé le ballot comme moi, et le cœur de l'homme est comme la main de l'ouvrier : plus elle se frolte aux outils, plus elle perd de sa sensibilité première. Mais vous ne buvez pas? A votre santé. Je vous disais donc que j'ai aimé, et alors je n'étais point le chef de bandits que vous voyez,