ACTE m. ti
mais un beau ei fringant gentilhomme, noble, exalté, féal. Sur mon âme! j'étais un beau chevaucheur de tournois, brisant force lances pour les beaux yeux des dames; d'où suit que chacune d'elles me regardait... Dieu sait! Et cela se conçoit : la faiblesse et la grâce aiment le courage et la force; mais, baste! niaiseries que tout cela, (il boit.) Enfin, et pour couper court, advint que dans un tournoi je vis une jeune fille. Je la vis, et alors je fus charmé. Depuis, j'ai maudit mes yeux. Pauvre enfant! elle était bien belle, bien douce, bien charmante; et moi, qui n'étais qu'un vaurien, je l'aimai, je l'aimai d'un amour profond, immense ; vous ne pouvez pas vous figurer cela. — Croyez- vous?., et ma Florella ? — Bon ! bon! elle est bien, mais celle dont je vous parle... un ange sui- terre; telle que tout le paradis serait resté en adoration devant son sourire ! telle , qu'un homme comme un autre serait devenu un saint, rien qu'à voir la douce candeur de ses yeux ! mais, moi, j'avais dans le sang un mauvais levain, un levain de bâtard. Verse donc, Uguccion. Oui, une ravissante créature ! Je passais toutes mes nuits sous son balcon, comme vous, l'autre soir. C'était curieux, allez. Je lui roucoulais des chansons, des sérénades, et je n'en dormais pas. On n'aime plus comme cela, maintenant, n'est-ce pas, Uguccion? Car, voyez-vous, avec sa grande figure poilue, c'était un beau page dans ce lemps-là. — UGUCCION (buvant). 11 est vrai, et c'était un bon temps. — Foui.c. Il lui portait mes lettres; car nous étions en correspondance. Si bien qu'une fois j'obtins un rendezvous... Au diable ce vin!.. Donne-moi de l'eau-de-vie, Uguccion. C'est du petit lait que ce vinlà. — uguccion. Bon ! ce sont vos souvenii s qui vous mettent le gosier en feu. — FOULC. Oui, un rendez- vous, puis deux, puis trois. Mais vous ne m'écouiez pas? Vous pensez à la potence? Baste ! c'est quelquefois un bien. On m'aurait alors rendu un grand service , si l'on m'avait pendu ! car au huitième rendez-vous... Ah! voyez-vous, t|uand je songe à cela, je suis toujours prêt à me' briser la tète contre bs murs!., (il «lonnc un grand coup de poing sur la table; puis, se levant.) Oui, la briser! Elle était là, à mes pieds, suppliant pour son honneur... et moi!.. Tenez, j'ai tué bien des hommes! j'ai pillé, j'ai brûlé, j'ai saccagé bien des villes! eh bien!
300 FOLLC DE LA TRir.AliDE.
tout cela je n'y pense pas pins qu'à ce verre que j'avale. C'était mon état de soldat, d'ailleurs, et les prêtres n'ont pas des indulgences pour rien. Mais elle ! celle malheureuse qui m'aimait ! qui m'implorait ! rien, rien ne m'a retenu ! rien ne m'a dit que j'étais un infâme d'agir de la sorte, et j'ai été sans pitié! j'ai souillé sa vertu, j'ai marché sur sa sainte pudeur! honte sur moi!.. Elle était faible, et je l'ai violentée!., elle était pure, et je l'ai souillée! elle était conliante, et je l'ai abusée!.. Ah! ce jour-là, je me suis dégradé comme homme, comme chevalier, comme chrétien; j'ai renié mes aïeux, j'ai brisé mon écusson, et, à partir de ce jour, je n'ai plus été Foule de Hauteville, legeniilhomine, mais Foule de laTribarde, le condotiiere. Allez, croyez-moi, partez, embarquez-vous... n'aimez plus ; car, celle qui mettrait en vous son bonnein*, sa confiance, vous feriez comme moi, vous la llélririez!
Il retombe assis et rêve quelque temps, la tête dansscs mains; deux grosses larmes tombent sur ses joues.
LODOVICO (ému malgré lui par la grande douleur de cet homme.) Kt pourquoi n'avoir pas réparé votre faute, en l'épousant? — foulc. Pourquoi? Parce qu'un misérable qui avait gagné sa fortune sou à sou, dans un comptoir de marchaïul, jugea son aune un meilleur blason que mon épée ; parce qu'il s'estima trop haut pour donner sa fille à celui qu'il appelait un bfitard; enlin , parce qu'il était riche, et que je n'avais rien. Voilà tout. — Vous aviez raison de le dire, votre histoire pourrait faire pendant à la mienne. — El c'est précisément pour cela qu'il vaut mieux voi!S éloigner. L'amour est ainsi fait. Ouand on ne peut arriver à une jeune fille par l'église, on y va droit parle sérail. Ne me répliquez pas ; nous sommes tous plus ou moins pétris d'un même limon : le ciel est dans nos projets; l'enfer, dans nos actes. Je vois bien que vous êtes étonné de m'entendrc parler ainsi , et ce n'est pas mon habitiule de faire le prédicateur; mais , va conunc je te pousse, chacun sa morale. Et je vous dis, moi, que lors- (lu'il est par le monde tant de créatiues faciles, il n'est pas bien de s'aUa((ucr à la pureté d'une pauvre enfant. Beau résultai, d'ailleurs, quand ou l'aura détrônée de la vie