‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 366 sur 391 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Des immortelles... des immortelles ! — Mais, le mariage va se trouver de nouveau interrompu. L'insurrection des écoles a «éclaté. Une troupe d'étudians conduits par Giacomo vient d'investir la maison de d'Argela. Cris au dehors. Bruit d'armes. Coslanza pense à Giacomo; ses femmes, au péril. Une d'elles se penche à la fenêtre. Tout-à-coup, elle s'écrie : On applique une échelle au balcon ! on monte ! (Giacomo saute dans la chambre, l'épéc à la main. Les femmes de Costanza s'enfuient en criaut :) Au secours !

Giacomo court d'abord à la porte par où elles sont sorties, la ferme et en relire la clé; puis, allant vers Costanza effrayée :

Costanza, si vous m'aimez, venez. — Si vous m'aimez, Giacomo, sortez. H ne convient pas à une fille de ma maison de s'échapper ainsi. — Par la lumière du ciel ! ne perdons pas ainsi les instans en paroles vaines. Si nous tardons, lout est perdu! mes amis se battent en bas avec les troupes de laseigneuric : profitonsdu moment. Au nom de l'amour, venez! — Au nom de l'honneur, laissez-moi. — Mais rester, c'est me condamner à vous perdre. — M'enlever ainsi, ce serait me condamner à perdre l'honneur. — oiacomo, se jetant à ses pieds. Costanza ! avez-vous oublié vos sermens, avez-vous oublié ma tendresse? — Je n'ai rien oublié; mais je ne puis vous suivre, Giacomo, laissez-moi. (Elle court vers la madone.) 0 vierge! défendez-moi! (Bruit de pas qui approchent, voix de d'Argela.) Ouvrez, misérable ! — r.iACO- Mo, à Costanza. Vous entendez. — Oh! Dieu! s'ils se saisissent de lui, il est perdu! Giacomo, fuyez. — Avec vous, Costanza. — Non, mais partez, je vous en conjure; oubliezmoi, partez. — Sans vous, je demeure. — costa>z.\. Giacomo! mon Giacomo ! ils te tueront! — Que m'importe? — Si tu m'aimes, fuis! — Si tu m'aimes, suis-moi. — Je ne puis. — Je reste! Vous entendez, ils vont enfoncer la porte. — 0 Dieu!., mou Dieu! (En ce moment, Lupioni saule dans la chambre l'épéc à la main.) Ah ça! perdez-vous l'esprit, vous autres! pendant que l'on se lue en bas, vous êtes là à vous regarder le blanc des yeu.\! (Vociférations de d'Argela et de Gactano h la porte.) — LUPIONt. Et voici des gens qui vont tomber sur nous! — costanza. U ne veut pas partir, Mcsscr. — Elle refuse de venir, Lupioni. —

r>18 LES ÉTIDIANS [>E UOLOGNE.

Eh! pardieu! emmène-la. (Allant rapidement vcrsCostanza, et la saisissant malgré sa résistance.) J'en suis bien fàché, Mademoiselle : le procédé est un peu brtital; mais, au diable ! voici une porte qui plie horriblement.

(Il court vers le balcon, emportant Costanza, met le pied sur réchelle et disparaît. Giacomo enjambe à son tour le i)alcon; alors, la porte se brise avec fracas et d'Argela suivi de Gaëtano et de plusieurs hommes d'armes se précipite sur Giacomo en criant:) «Ah! bandit, je te tiens!» (Mais, Giacomo se retourne et avant d'avoir pu le reconnaître, le frappe d'un coup de poignard, en disant : « Crois-tu ! » (Puis apercevant le visage de sa victime, il s'écrie : « Puissances du ciel ! ayez pitié de moi. » (Il disparaît. Giustinello accourt.)

Ici s'arrête malheureusement le manuscrit où nous avons puisé, en les abrégeant, les détails qui précédent. Quelle fut l'issue (le l'insurrection, nous nous le rappelons à peine. Il nous semble pourtant que ftoméo de Pépoli, voyant l'affaire prendre um mauvaise tournure, se mettait en lieu de sûreté, ou passait môme brusquement du côté de la seigneurie. En tous cas. nous croyons ne pas lui faire grande injure par celte dernière supposition. Quant à Giacomo, il dut être saisi avec Lupioni, au bas de l'échelle par laquelle il emportait Costanza. La pauvre fille ne put résister à cette succession d'évènemens terribles. La nouvelle de la mort de son père par la main de Giacomo l'acheva : elle devint folle. Tels sont, jecrois, les faits que l'auteur voulait placer entre le quatrième et le cinquième acte. Maintenant, Giacomo échappait-il au supplice, et la vue de son bien-aimé rendait-elle à Costanza sa raison, c'est ce dont nous n'avons nul souvenir. La seule cliose qui reste de cet acte, c'est le plan d'un décor représentant une église dont la porte principale est toute grande ouverte et à l'entrée de laquelle on aperçoit le calafalcpie de d'Argela.

FIN nu SGllNARIO OES f:Tl DIANS HE nOLOGNE.

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