‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 368 sur 391 · BEL OISEAU QUI PASSE · texte numérisé non relu

BEL OISEAU QUI PASSE

FRAGMENT

Hélas! hélas! Pourquoi si vile?

Pourquoi ces pelils pieds pressés?

Pourquoi fuir? Que ton œil m'évite.

Craintif, sous ses longs cils baissés ,

Soit : plus blanche est la marguerite Blottie aux touffes des vallons; Plus pur aussi l'œil qui s'abrite , 0 vierge, sous ses longs cils blonds ;

Car, trop d'éclat tue et profane; Vierge et Heur ont destin pareil :

L'une , à trop de regards se fane , Comme l'autre à trop de soleil.

Ainsi disais-je; et, fugitive.

Elle disparut à mes yeux.

Puis , je m'en vins , tète baissée , Ayant au cœur un voile noir, Ayant au cœur cette pensée, Que je ne devais plus la voir.

Et je disais : Les belles chcses.

Mon Dieu, pourquoi nous les montrer?

Pourquoi montrer les belles roses A qui ne peut les respirer ?

■21 jiiillcl 1837.

A MA SOEUB.

FRAGMENT

O blonde enfant que j'aime! ô ma sœur aux doux yeux!

Fleur qu'on croirait éclose en un jardin des cieux !

Parfois , en te voyant si belle d'innocence ,

Monter le vert sentier de ton adolescence ,

En voyant tes quinze ans si purement joyeux ,

Alors, jeune par l'âge et pourtant déjà vieux.

Je souris tristement. — Non, certes, par envie;

J'ai, comme toi , connu cette aube de la vie;

Il m'en vient même encor quelques rayonncmens;

Mais ma vie est amère et sombre par momcns.

L'homme d'art est ainsi. — Nature trop complète,

Où le cœur se dessèche aux ardeurs de la tète;

Il voit les actions des hommes de trop près.

Scrutant toute pensée à ses endroits secrets.

Il entre trop avant dans ces mauvaises causes

Qu'on retrouve toujours en fouillant sous les choses.

Et, comme il est, de plus, ardent, qu'il vit beaucoup,

Il arrive bientôt à s'épuiser sur tout;

Et son âme et son corps s'usant de compagnie,

Il ne lui reste plus qu'une morne ironie.

Une froide analyse , une triste raison ,

Et toujours le dégoût pour hôte en sa maison.

Hôte fâcheux! aussi, plus sage est le poète

Oui garde son cœur vierge et vit dans la retraite.

Et, comme en un grand lac, ne reflète en ses vers

Que les calmes beautés du splendide univers.

Mais celui qui, mêlé dans la tourbe des hommes.

Pénètre hardiment dans tout ce que nous sommes.

Qui va rôdant partout dans nos sociétés,

A ralVùt des vertus et des perversités;

Qui veul voir le dessous dont toute âme se double; Celui-là, dans sa tête , il se fait un grand trouble ; Car, voici que, chez ceux qu'on tient pour vertueux , Il heurte lout-à-coup des côtés monstrueux , De grands recoins obscurs, de sourdes infamies, Avec quelques vertus pêle-mcle endormies.

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