MARASME
FRAGMENT
Profondément la nuit s'étendait, et son ombre Enveloppait mon âme ainsi qu'un vêtement ; Et tout devint en moi si désert et si sombre Que je m'anéantis dans cet isolement.
Je vivais à demi, mais sans me sentir vivre ,
Suspendu dans un vide où tout flottait confus,
Comme à l'instant douteux qu'un plein sommeil va suivre,
— Sans qu'il dorme, déjà, l'homme ne veille plus.
Tout mon être semblait une mer souterraine. Stagnante immensité sans couleur et sans bruit , Où venait bien parfois quelque lueur lointaine. Mais, telle qu'on eût dit une visible nuit.
— Plus de perception des êtres ni des choses.
Mes organes roulaient comme des corps sans yeux ; Et j'errais, au hasard , des clVets dans les causes. Navire sans pilote entre l'onde et les cieux.
Mieux eût valu souffrir, car la souffrance existe ; Mais, moi, je me sentais, dans cet abattement. Me dissoudre ; et c'était une chose aussi triste Que si le grand soleil s'éteignait lentement.
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FRAGMKM.
Hier, je fus heureux. Plein de sérénité , Je contemplais la nuit dans sa chaste beauté ; Et, «l'épanouissant à ces splendeurs sans voiles, Qui descendent sur nous du palais des étoiles, •Perdu dans cette nuit, plus belle que le jour. Moi , je penchai la tête et je rêvai d'amour. Oui, je pensais à vous, à vous, ma blonde amie ; Et, tout bas, je disais : Peut-être qu'endormie. Elle rêve de moi maintenant... 0 sommeil. Complice des amans, toi qui, jusqu'au réveil, Evoques, pour eux seuls, tant de si doux mensonges , Porte-lui mes baisers sur l'aile des beaux songes. Et , comme aux jeunes Heurs vont les tièdes zéphirs , 0 sommeil, porte-lui ma plainte et mes soupirs.
MA VOIS! ni:.
Oh ! lorsque sur Paris se lève un gai dimanche, Vif et pur, c'est alors que collerette blanche, Belle robe qu'on met aux grands jours seulement , Frais rubans assouplis comme feuilles de roses , Petite croix , bijoux , toutes mignonnes choses Dont on s'occupe gravement ;
C'est alors qu'avec soin, toutes étant posées
Sur le lit blanc , debout et les doux mains noiséos
On contemple ; et ce sont ravissemens sans fni ; Comme aussi Ton se vient pencher à la fenêtre, Avec un radieux sourire que fait naître Le beau ciel, sourire divin.
On va, vient, on sautille, on coquette, on fredonne, Au loisir libre et gai tout le cœur s'abandonne. On voudrait que ce fût dimanche tous les jours. Sans songer qu'il n'est tel, que grâce à la semaine ; Que la satiété , dans toute chose humaine , Est au bout de ce mot , toujours.
L'heure fuit cependant. Alors, hâtant, sans cesse, Les bons et vieux parens moins prompts, que rien ne presse, Qui répondent toujours : Nous avons bien le temps, On s'emporte tout bas, boudeuse, impatiente. Jusqu'à l'heure où l'on sort parée et souriante , Fraîche comme un jour de printemps.
O douce et tendre enfant , folâtre , Insoucieuse , Qui ris aux jeunes fleurs, qu'un beau ciel fait joyeuse, O blonde , reste ainsi. Ton cœur, divin miroir , Est comme la rosée où le ciel se reflète; Car, le cœur de l'enfance est le premier poète , Le poète sans le savoir.
Plus tard , cet ouragan qui souffle sur le monde, Les passions viendront de tes jours troubler l'onde. Alors, adieu ! Le ciel ne s'y mirera plus. Et môme, sans combat, sans trouble, sans orage, On peut , à chaque pas qu'on fait loin du jeune âge , Dire : Autant de plaisirs perdus.
Croyance et pureté , foi pleine d'innocence , Tous ces blancs vêtemens dont se pare l'enfance. S'usent vite ; chaque heure en emporte un lambeau. Quelque bien que l'on soit, quelque route qu'on suive, Toujours |)lus dépouillé l'on marche et l'on arrive Triste et nu devant le tombeau.
uni- USES. 531