SCÈNE VllI
RICHARD, MILADY. BERTRAND, dans le cabinet.
MILADY
Puis-je à présent savoir, messire de Beaujeu, Ce que vous avez lu tout à l'heure à ma nièce, Et d'où vient l'étonnant salut qu'elle m'adresse ?
niCilARU.
Vous m'en voyez surpris. Madame, autant que vous.
MILADY
Vraiment! et pour chasser tous ces soupçons... jaloux. Vous n'avez pas poussé jusque là votre zèle De faire quelque peu le galant auprès d'elle ?
RICHARD, à part.
Oiablc !..
(Haut, en homme qui prend son parti.)
Il faut bien aimer. Madame, à tourmenter. Pour me pouvoir ainsi froidement plaisanter !
Vous plaisanter! Eh! mais, qui vous dit qu'on plaisante?
RICHARD
Qui me le dit! — Ainsi parce qu'il se présente Un hasard qui vous fait ici me rencontrer Causant avec quelqu'un qui ne faisait qu'entrer. Dont je n'avais, pour sûr, pas cherché la présence. Mais à qui je lisais des vers par complaisance. Vous scmblez là dessus soupçonner mon ardeur. Vous me parlez d'un ton tout rempli de froideur. Vous me demandez compte, à moi, d'une parole Que vous jette une enfant malicieuse et folle. Et vous direz bientôt que je suis en ce lieu Pour elle, n'est-ce pas ?
MILADY
Et qui lésait? bon Dieu!
Qui peut m'assurer, moi, par excès de tendresse. Que vous ne mêlez pas la tante avec la nièce ? Vous êtes en amour, tous. Messieurs, si changeans!..
RICIIAIID.
Mais on attend, du moins, pour accuser les gens.
On n'a qu'un seul amour, comme l'on n'a qu'une amc...
Et que vous en doutiez, c'est mal juger la flamme
Qu'allument dans un cœur vos célestes beautés !
Quand d'un éclat si doux les yeux sont enchantés.
Un tel ravissement à tout ferme la vue ;
Ou bien sur fleur d'amour de quelque attrait pourvue,
Si les yeux par hasard viennent à se fixer ,
La comparant à vous, c'est pour la rabaisser.