‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 97 sur 391 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

En l'an de grâce Mil sept cent...

(11 s'arrête épouvanté.)

BERTIIE.

Q n'as-tu donc?

IIUUERT.

Tu me dis : Prie, Hubert; Alors je prends ma Bible, et, du saint livre ouvert, lierthc, que tombe-til? vois : la mort de mon père.

nERTUE.

Comment !

Mon père, Jean Hubert, sexagénaire, Mort ce soir, à minuit, vingt-quatre février.

(Il froisse le papier et lejelle.) Toujours cela... toujours.. . Je ne veux plus prier.

(S'arrétant toui-à-coup devant sa femme.) Quelle date avons-nous?

(Clicrcliant l'arrêt, qu'il trouve sur la table.) Cet arrêt, que je voie...

Vingt-quatre... Ah! c'est ainsi. —Livrons-nous à la joie.

BEBTHE.

Ob! tu glaces mon sang.

IIUUERT.

Maintenant, je vois mieux:

Berlbc, la vision s'olFre claire à mes yeux.

BERTIIE, épouvantée.

La vision!

HUBERT

C'est vrai ; tu ne sais pas. Écoute : Tout à l'heure, en venant, je Pai vu sur la route. Voilà pourquoi j'étais si pâle en arrivant.

BEBTHE.

Qui? vu... qui?

HIBËRT.

Le vieillard... Je montais, en suivant

Le sentier qui, semblable à l'éclair dans la nue,

Serpente tout autour de la montagne nue.

J'ai fait plus de cent fois ce chemin sans terreur;

Mais, ce soir, j'éprouvais... comme une vague horreur.

Mille voix, du |)assé, me parlaient à l'oreille,

Et ma vie, à mes yeux, se déroulait pareille,

En ses détours sans fin , au chemin du rocher.

Nulle issue au maudit! rien!.. J'avais beau chercher,

Mes yeux n'en trouvaient pas; j'étais comme en un rêve

Où l'on marche toujours, sans repos et sans trêve,

Sans pourtant avancer. Ainsi, tout frissonnant.

J'atteignis la hauteur, et là, me détournant.

J'abaissai mes regards sur le vallon immense ;

il m'apparuttout noir comme ma conscience :

Je partais, quand soudain j'aperçus devant moi,

Berlhe, une chose étrange et qui m'emplit d'ellroi.

C'était blanc... Je me dis : c'est quelque amas de neige;

Mais, plus je regardais, Berthe , te le dirai-je ?

Plus l'objet blanc semblait prendre une forme , un corps ;

C'était lui... Je le vis distinctement alors.

Comme au jour de sa mort, ses cheveux, sur sa face.

Flottaient... C'était bien lui... Seulement, à la place

Où se trouvent les yeux, je voyais deux grands creux

Ternes, et qui pourtant fixaient ; c'était affreux !

Je voulus fuir ; en vain !.. la funèbre puissance

Me clouait sur le sol , et comme un fer de lance

L'eflroi perçait mes os. — Soudain, je crus le voir

Rtendre lentement son bras et se mouvoir.

Alors je m'agitai dans des efforts horribles.

Et je m'enfuis enfin avec des cris terribles.

Au hasard, devant moi, sans but je me lançai.

J'allais, j'allais toujours, ainsi qu'un insensé.

Quand, tout-à-coup, voici qu'un corbeau tourbillonne

Autour de ma lanterne... 11 vient, il s'y cramponne ;

Des ongles et du bec raclant pour s'y fixer.

Oh ! je semis alors tout mon sang se glacer;

Cela criait, grinçait... — Ces sons étaient les mêmes

Que quand je repassais le couteau...

BKRTIIE.

Si lu m'aimes,

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