‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 10 sur 221 · PROLOGUE DA.NS LE CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DA.NS LE CIEL

MEPHISTOPHELKS .

Seigneur , puisqu'une fois , en prince affable et doux ,

Tu laisses de plus près envisager ta gloire ,

Et veux savoir un peu comment tout va chez nous ,

Et que d'ailleurs , si j'ai mémoire ,

Bien loin d'exciter ton courroux , Ma personne eut souvent l'heureux don de te plaire ^ Me voici près du trône , au milieu de tes gens .

Pardon, je ne viens pas céans Débiter de grands mots : mieux vaudniiL-il me taire.

Dussé-je m'entendre siffler

Par l'assistance toute entière , Gomme on parle à ta cour je ne saurais parler.

Et si je m'en voulais mêler,

Mon pathos te ferait bien rire....

En supposant que rire pût aller

Avec ta dignité de sire.

Bref, je suis pauvre en ornemens, Surtout quand il s'agit du bel ordre du monde y Et de tes chérubins je n'ai point la faconde , Ni l'art de m'épuiser en saints ravissemens.

Des affaires de ce bas- monde

Je pense si différemment !

D'où vient ? C'est que ma vue est itouijle aiiparetDrnent ,

Ou ma cervelle peu féconde.

Toujours y remarqué-je , à parler sans défour, Du pauvre fils d'Adam la misère profonde.

Ce petit dieu de la machine ronde Est sur ma foi plus sot qu'au premier jour Et m'est avis qu'après l'avoir pétri de terre

Tu lui jouas d'un mauvais tour

En l'éclairant de ta lumière.

Pour diriger ses pas quel étrange fanal , Que ce reflet céleste empreint sur son visage ! Il le nomme raison : mais par un sort fatal

Le malheureux n'en fait usage

Que pour ravaler ton image

A l'état de pur animal.

Moi j'oserais comparer l'homme , Sauf la permission de votre Majesté , A cet insecte ailé que sauterelle il nomme ,

Sur de longues pattes monté ,

Gambadant tant que l'été dure,

Et redisant à la verdure

Un vieux refrain de tous les ans.

Encor si c'était là qu'il consumât le temps ! Mais non : pas un fumier, pas une fange impure ,

Où ce dieu ne fourre son nez.

LE SEIGNEUR

N'as-tu donc rien autre à m'apprendre ? Tous les discours qu'ici tu me forces d'entendre , A des plaintes sans fin seront-ils donc bornés ? Et ne verras-tu rien qui ne soit à reprendre

Au monde où les hommes sont nés ?

MÉPHISTOrHÉLÈS.

lias ! oui , Sciîïneur, soit dit sans vous déplaire,

Vous me voyez encor du même avis , Et soutenant que tout dans ce monde est au pis.

De l'homme enfin si grande est Ja misère , Que moi-même par fois je m'en sens attristé, Et que de rendre pire une telle existence Depuis long-temps, en vérité, Je me fais quelque conscience.

LE SEIGNEUR

Connais-tu Faust?

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