‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 151 sur 221 · ACTE I, SCÈNE VI. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI. i

EUGÉNIE

Attendons ce jour en silence ; et lorsqu'il sera venu, le droit que j'aurai de me nommbr sa sœur ne me fera pas manquer pour lui d'une conduite complaisante, de paroles amicales, ni de condescendance. Il est ton fils, et ne devrait-il pas, comme toi, être fait pour la sagesse et pour l'amour?

I s DUC

Je te charge de ce miracle ; accomplis-le pouv le plus grand bien de ma famille. Mais, hélas! en to quittant une terreur subite s'empare de moi, et me fait frissonner. C'est ici que je te tins morte dans mes bras, c'est ici que la griffe de tigre du de'sespoir me déchira. Qui pourra jamais m'ôter cette image de devant les yeux? Je t'ai vu morte l bien souvent, le jour et la nuit , telle je croirai te voir. Quand j'étais loin de toi , ne veillais-je pas continuellement sur toi? Ce n'est plus maintenant le rêve bizarre d'un malade, c'est une image vraie, ineffaçable. Eugénie, ame de ma vie, pâle, abattue, sans haleine, Eugénie morte.

EUGÉNIE

Ne renouvelle pas des impressions que tu devrais écarter; que cette chute et ma délivrance te paraissent le gage de mon bonheur. Tu me vois vivante devant toi ( Elle l'embrasse ) , tu me sens vivante contre ton sein. Que toujours je te paraisse ainsi, qu'une vie si ardente et si pleine d'amour chasse cette odieuse pensée de mort.

i84 LA. FILLE NATURELLE.

LE DUC

Un enfant peut-il sentir combien la crainte d'une perte seulement possible de'cliiie un père? Te l'avouerai-je Vie courage trop hasardeux avec lequel, semblable à l'oiseau qui s'élance dans les airs, tu presses ton cheval à travers les vallées et les montasrncs , les rivières et les fossés , comme si tu sentais en toi la double nature et la force des centaures j ce courage m'a causé encore plus d'inquiétude que d'admiration. A l'avenir modère l'ardeur avec laquelle tu jouis de cet exercice.

EUGÉNIE

Le danger cède à la violence et ne s'altaque qu'à la modération. Tâche à voir maintenant du même œil qu'autrefois, lorsqu'avec tant de calme tu m'initiais, jeune encore^ aux secrets de l'équitation.

LE DUC

Je me trompais alors ^ et une longue vie d'alarmes me punira. L'Iiabitude du danger ne nous invitet-clle pas à le chercher ?

Le bonheur et non la crainte dompte le danger. Adieu mon père, suis ton roi, et à cause de ta fdie, sois sou vassal dévoua , son ami fidèle. Adieu.

LE 1)1 c.

Reste encore debout à cette place, comme lorsque iu es revenue à la vie, et que fa as rempli de joie

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