ACTE III, 6CE\E IV
L'ABBE
Tu n'as plus de temps à donner à des soins aussi doux; d'autres soins te reclament. Te le dirai-je ; moi , le dernier de tes serviteurs ? D^ns ces tristes jours, tous les regards se tournent avec inquiétude Vers ton me'rite rare et ta haute puissaiîce.
Celui-là seul qui est lieureux peut se sentir du mérite et du pouvoir.
Les atteintes brûlantes d'une si profonde douleur font sentir vivement l'importance de tels momens; pardonne-moi, si j'ose parler encoie avec tant de confiance. Tous ne voient pas distinctement la sourde agitation qui ébranle Fétat, et la faiblesse qui le fait chanceler, mais ces choses sont plus claires à tes veux qu'à ceux de la foule à laquelle j'appartiens. !Ne crains pas de saisir, pendant l'orale quj nous menace, le {gouvernail mal dirigé. Pour le bien de ton pars, écarté ta douleur ; autrement mille pcrete pleureront aussi leu/s enfans, et àcs milliers d'enfans qui ne trouveront plus leurs pères , des milliers de mères dans l'angoisse, feront retentir de leurs cris les murs de leurs cachots. Immole tes douleurs et tes chagrins sur l'autel du bien commun; tous ceux que tu sauveras deviendront tes enfans et ta consolation.
l.t DLL.
JNe fais paà çortir de leurs aflVeui repaires cette
a 3 2 L/i FILLE NATURELLE.
mullilude de spectres, qui se jettent rapidement et comme par ma^Ljie entre ma fille et moi. Elle n'est plus la puissance enivrante qui berçait mon esprit de si doux rêves. La réalité me presse et menace de m'écraser de son poids énorme. Allons, sortons du monde ! Si l'habit que tu portes ne me trompe pas, conduis-moi au couvent, séjour de pénitence, et laisse-moi là, pour que la vie qui m'est à charge s'écoule dans le silence et Thumilialion.
t'ABBE.
Bien qu'il ne me convienne guère de t'appeler au monde , j'ajouterai encore avec fermeté d'autres paroles. Ce n'est pas dans le tombeau ni près de lui, qu'un homme plein de grands scntimens doit consumer SCS désirs, 11 rentre en lui-même, et y retrouve avec étonnement ce qu'il avait perdu.
LE DUC
Le désir de la possession se conserve dans sa force, tandis que ce qui est perdu s'éloigne toujours davantage; c'est là le tourment continuel que souffre le corps à l'endroit des membres qu'il a perdus.Une existence divisée , qui peut la réunir? Anéantie , qui peut la faire revivre ?
L'ABBE
La force d'esprit, le courage de Tiiomnie à qui l'on ne saurait ravir le mérite dont la nature l'a doué. Eugénie vit encore pour toi ; elle vit dans ton cœur qu'elle animait jadis, auquel elle faisait vive-