‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 191 sur 221 · ACTE IV , SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV , SCÈNE IL

LE CONSEILLER

Nous gouvernons dans le cercle limité ou la loi commande, et qui ne passe point la hauteur moyenne de la société. Mais ce qui s'agite au-dessus ^ dans des espaces sans bornes et avec une puissance capricieuse, enlève ou donne la vie sans conseil et sans jugement; tout cela se mesure autrement, et reste une énigme pour nous.

Est-ce là tout? N'as-tu rien de plus à me dire?

LB CONSEILLER

Rien.

EUGÉNIE

Je ne le crois pas; je ne ptiis pas le croire.

LE CONSEILLER

Laisse-moi m'éloigner. Dois- je passer pour lâche et irrésolu ? Faut-il pleurer, me lamenter ? Ne puisje te présenter d'une main hardie quelque moven de salut ? Mais cette hardiesse même me fait courir un risque affreux , celui d'être méconnu de toi , de paraître te proposer avec indignité un but coupable.

EUGÉNIE

Je ne te laisse pas aller, le sort t'a envoyé vers moi pour mon salut. Oui, le sort qui a pris soin de moi et m'a conservée depuis mon enfance, m'envoie dans cette tourmente un homme élu par sa faveur. Je dois

apprécier la part que lu prends à mon sort. Je ne suis pas ici sans but... Tu songes, lu réfle'cliis.... c'est en ma faveur que tu examines et que parle ta longue expérience. Non^ je ne suis pas encore perdue, tu cherches un moyen de me sauver • dis, Fas-lu trouvé? ton regard scrutateur, sérieux et bienveillant me le promet. Ah , ne te détourne pas ! Dis-moi une seule parole qui puisse relever mon courage.

LE CONSEILLER

C'est ainsi que le malade se tourne avec confiance vers Je médecin, et lui demande du soulagement ; il le prie de conserver des jours menacés. L'homme habile apparaît comme un dieu j mais peut-être^ hélas! il propose un moyen pénible et cruel. On annonce peut-être au malade , au lieu de guérison, la mutilation douloureuse , la perte même d'un membre. Tu veux être sauvée j on peut te sauver, mais non te rétablir. Sauras-tu éloigner la pensée de ce que tu fus, et te résigner à ce que tu dois être ?

■■■■•■ EUGÉNIE

Une créature à moitié perdue prie d'abord en son besoin pressant qu'on l'arrache à la nuit du trépas, qu'on lui laisse goûter la lumière vivifiante, qu'on lui assure l'existence. Chaque jour lui apprend ensuite ce qu'elle peut sauver, ce qu'elle peut rétablir, ce qu'il lui faut oublier.

LE CONSEILLEE.

Après la vie, quelle chose donc t'est la plus précieuse ?

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