ACTE IV, SCENE II. aSi
EUGÉNIB.
Nous le verrons bien , quand tu auras parlé clairement.
LE CONSEILLER
Je bazarde beaucoup ! C'est le mariage.
EUGÉNIE
Comment?
LE CONSEILLER
J'ai parlé j c'est à toi de réflécbir.
EUGÉNIE
Un tel mot me surprend, il m'inquiète.
LE CONSEILLEE.
Je comprends ton inquiétude.
Il était loin de moi au temps de mon bonheur , je ne puis supporter son approche maintenant; mes soucis, mon serrement de cœur ne font qu'au^^menter. C'était de la main de mon père et de celle de mon roi que je devais recevoir un époux -, mes regards ne se portaient pas avec impatience vers cet instant , et aucun amour ne prenait place dans mon cœur. Il me faut penser à ce que je n'ai jamais exa^ nûné , et sentir ce que la pudeur m'a toujours fait repousser; que dis-je? il me faut de'sirer un époux, avant qu'aucun homme m'ait paru aimable et digne de moi. Non, ce serait profaner le bonheur que l'hy-men nous promet , que d'en faire un moyen de salut.
a 52 LA FILLE NATURELLE.
LE CONSEILLER
Une femme peut confier son sort incertain à un homme courageux et fidèle , fût-il même e'tranger. Mais celui-là ne nous est pas e'tranger, qui sait prendre part à nos souffrances: l'opprimé s'unit bien vite à celui qui le sauve. Ce qui lie e'troitement durant le cours de la vie une épouse à son époux , c'est le sentiment de la protection ; et jamais les conseils et les consolations , l'assistance et les secours ne manqueront à la femme pour laquelle , au jour de ses dangers , un homme généreux se sacrifia.
EUGÉNIE
Quel est le héros qui se montre ainsi pour moi ?
LE CONSEILLER
Cette ville compte beaucoup d'habitans.
EUGENIE.
Mais je resterai inconnue pour eux tous.
Un tel regard ne reste pas longtemps caché.
EUGÉNIE
Ne trompe pas mon espérance, qui se laisse égarer trop facilement! Où pourrai-je trouver un de mes égaux qui m'offre sa main , dans mon abaissement? Oserai-je même lui avoir une telle obli^ gation ?