‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 194 sur 221 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

LE CONSEILLER

11 semble d'abord qu'il y ait beaucoup d'ine'galite's dans la vie , mais elles s'applanissent bien vite. Par un échange continuel , un bien balance un mal^ et de promptes souffrances, nos joies! Rien n'est constant. Les jours en s'écoulant font disparaître insensiblement beaucoup de belles proportions, qui bientôt par degrés rentrent en harmonie. L'amour sait rapprocher les plus grandes distances , il sait unir par fois le ciel avec la terre.

EUGÉNIE

Tu veux me bercer de vains songes.

LE CONSEILLER

Tu es sauvée si tu peux y croire.

EUGÉNIE

Montre-moi Timage fidèle de celui qui doit me sauver.

LE CONSEILLER

Je te le montre lui-même , il t'offre sa main.

Toi î quelle légèreté !

LE CONSEILLER

Mes sentimens sont fixés pour la vie.

EUGÉNIE

Un moment peut-il opérer de tels miracles ?

ü^ LA FILLE NATURELLE.

LE CONSEILLER

Le miracle naît du moment.

EUGÉNIE

Mais aussi Terreur naît de la précipitation*

LE CONSEILLER

Celui qui t'a vue ne saurait se tromper.

EUGÉNIE

L'expérience est la maîtresse de la vie-

LE CONSEILLER

Elle peut égarer, c'est le cœur qui décide. Ah ? laisse-moi te dire comment, il y a peu d'heures, je faisais un retour sur moi-même et me sentais isolé. Je considérais ma position, mes biens, mon état, mon emploi, et je cherchais une épouse à mes côtés. Mon imagination combinant ensemble les trésors recueillis par ma mémoire, les faisait passer devant mes yeux, et mon cœur n'était porté vers aucun choix. Tuas paru, je sens maintenant ce que je voulais -, mon sort est décidé.

L'étrangère sans protection, cernée par la ruse, pourrait éprouver quelque joie et quelqu'orgueil à se voir ainsi estimée , aimée , si elle ne pensait pas aussi au bonheur de l'ami, de l'homme généreux, du seul homme peut-être qui veuille la secourir. Mais ne te trompes- tu pas toi-même? Pourraistu résister à la puissance qui me menace?

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