LES PRÉCÉDENS, LA GOUVERNAIS TE
LA GOUVERNANTE
La flotte va profiter du vent favorable ^ les voiles s'enflent 5 tout s'apprête. Ceux qui se séparent s'embrassent en pleurant, et l'on voit plus d'un mouchoir blanc , des vaisseaux et du rivage, envoyer le dernier adieu. Notre navire aussi lèvera bientôt l'ancre ; viens, un baiser d'adieu ne nous retiendra pas ^ nous partons sans que personne pleure notre départ.
LE CONSEILLER
Les amis que vous laisserez ici vous pleureront avec une douleur amère, et étendront les bras pour vous retenir. Ce que vous dédaignez maintenant sera demain peut-être un bien perdu , digne de vos regrets, {à Eugénie) H y a peu d'instans que dans mon ravissement je te nommai la bien- venue ; un dernier, un éternel adieu va-t-il donc sceller notre séparation ?
LA GOUVERNANTE
Je comprends le résultat de votre entrelien,
LE CONSEILLER
Tu me vois prêt à former un indissoluble lien. Goethe. I. ly
a55 LA FILLE NÂTURLLE.
LA GOUVERNANTE
Et comment reconnais - tu une offre si généreuse ?
EUGÉNIE
Par la plus pure reconnaissance de mon cœur.
LA GOUVERNANTE
Mais sans désir d'accepter cette main ?
Elle ne demande qu'à vous secourir.
EUGÉNIE
La chose la plus proche est souvent la moins saisissable.
LA GOUVERNANTE
Bientôt, hélas! nous ne serons que trop loin de tout espoir de salut.
LE CONSEILLER
As-tu songé à ce terrible avenir?
EUGÉNIE
Même au dernier de tous , à la mort.
LA GOUVERNANTE
Tu refuses donc la vie qu'on t'offre ?
LE CONSEILLER
Et les fêtes d'une alliance qui pourra l'embellir.