LA MEUNIÈRE ET LE JEUNE GENTILHOMME
LE GENTILHOMME
Belle meunière , Loin du moulin , Sur ce chemin Que vas-tu faire ?
Holà ! dis -moi , Dis-moi pourquoi Tu vas seulcttc Sur ce clicniin.
Ton nom ?
LA MEUMinr.
Lisette.
LE GENTILHOMME
Mais, foTirclie en main, Belle meunière, Où vas-tu donc ?
LA MEUNIÈRE
Chez mon vieux père, Dans sa chaumière , Sur le gazon De mon vieux père,
LE . GENTILHOMME
Et seule ainsi Tu t'aventures ?
LA MEUNIÈRE
Je viens ici Cueillir les mûres De son jardin, Et , fourche en main , Tout d'une traite , Faner son foin.
LE GENTILHOMME
Là, n'est-il point Quelque retraite Calme et secrète ?
LA MEUNIÈRE
Près de ces lieux J'en connais deux.
KOTICE
I/E GENTILHOMME
Il y fait fombre.
Viens j fuyoiis-y L'ardent midi , Cherchons-y l'ombre.
D'épais ormeaux , De fraîches eaux ^ Dans ce bocage Tout nous envase Au doux repos.
l-Jl MEUNTÈRF.
Et les propos De mon Tillafje ?
LE GENTILIîaM.ME.
Viens sur mon cœur, Femme jolie.
Je le supplie
LA MELnSirRE.
Nenni , monsieur.
Si la meunière Se laisse faire , Jusqu'à complaire A son Seip;neur , Adieu l'honneur Et le bonheur !
Pour une fiilc De mon état , Votre habit briHc
SUR GOETHE. i5q
De trop d'éclat.
Ce grand bagage Nuit au plaisir , .
Et vous blanchir Serait dommage.
A la maison J*aime un garçon De beau visage.
Hiver, été, Quand je l'embrasse , Il n'a , Dieu grâce , Rien à gâter.