‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 57 sur 221 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

LE CHEVALIER

Qu'elle parle bien !

LA MARQUISE s'assied.

Ne VOUS disais- je pas cVavance qu'elle pourrait vous devenir dangereuse?

LE CHEVALIER s'assied près d'ell e.

Vous plaisantez, marquise.

(LE MARQUIS prie par gestes sa nièce de lui arranger quelque chose à la cocarde de son chapeau, au cordon de sa canne; elle le fait en s'asseyant à une petilo Ublo eu face de la marquise ; le marquis demeure debout auprès d'elle. )

LA MARQUISE

Comment avez-vous laissé le chanoine ?

\ LE CHEVALIER

Il paraissait triste et embarrassé; je ne l'en blâme pas; le comte nous avait surpris; et je dirai même qu'il venait pour nous tous à contre-temps.

LA MARQUISE

Et ne vouliez-vous pas vous opposer à main armée à ses génies?

LE CHEVALIER

Je vous assure que depuis très-long- temps l'arrogance du comte m'était insupportable ; je lui aurais déjà plusieurs fois offert le duel si son état, son âge, son expérience et ses autres qualités , plus que sa bonté pour moi , ne m'eussent inspiré le plus grand respect; je ne le nie pas : souvent il m'est suspect; il me semble presque un menteur, un imposteur, et cependant je suis attaché et comme enchaîné à lui, par le pouvoir de sa présence.

LA MARQUISE

A qui cela ii' arrive- t-il pas ?

LE CHEVALIER

A VOUS aussi!

LA MARQUISE

A moi aussi.

LE CHEVALIER

Et ses miracles! ses génies !

LA MARQUISE

Nous avons des preuves si fortes ^ si sûres de sa puissance surnaturelle.

LE CHEVALIER

Je suis dans le même cas, quoique mes doutes soient plus forts. Mais cela doit se décider bientôt, aujourd'hui même, car je ne crois pas qu'il ait moyen de l'éviter. Lorsqu'au jourd'hui, vers le midi, il nous donna la liberté de sortir du jardin, (car je dois avouer que nous lui obéissions ponctuellement et qu'aucun de nous ne hasardait un seul pas sans son ordre) il vint à nous et s'écria: Soyez bénis, vous qui obéissez à la main d'un père qui vous châtie j la plus belle récompense vous est assurée. J'ai vu le fond de vos cœurs, Je les ai trouvés droits. Aussi devez-vous aujourd'hui même connaître le Grand- Cophte.

Aujourd'hui même?

LE CHEVALIER

Il l'a promis.

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