ACTE II, SCENE VI
LA NIÈCE
Je VOUS supplie^ je vous implore à genoux ^ sauvez-moi. Je vais tout avouer. Ah ! ma tante î ah ! chère tante î (si je puis encore vous donner ce nom) , La jeune fille qui est devant vous n'est point innocente. — ISe me méprisez pas , ne me chassez pas !
LA MARQUISE à part.
Quel discours inattendu ! (^ à sa nièce ) Levezvous, mon enfant.
LA NIÈCE
Je ne le pourrais pas, quand je le voudrais; mes genoux ne me soutiennent plus. Etre ainsi à vos pieds me fait du bien. Ce n'est qu'en cette position que j'oserai vous dire... Peut-être suis-je excusable! ma jeunesse ! mon inexpérience ! ma situation ! ma crédulité !
LA MARQUISE
Je VOUS croyais plus en sûreté sous les yeux de votre mère que dans un couvent. Levez-votis. (^Elle relève sa nièce, )
LA NIÈCE
Ah! dois-je parler! dois-je tout avouer!
LA MARQUISE
Parlez !
LA NIÈCE
D'abord, depuis la mort de ma mère fe rej^os et le bonheur ont fui loin de moi.
6o LE GRAND-COPHTE.
LA MARQUISE
Comment l ( se détournant ) serait-il possible ? ( haut ) Poursuivez.
LA NIÈCE
Oli ! vous allez me haïr^me repousser. Malheureux jour^ où votre bonté même m'accablerait 1
Expliq
uez-vous î
LA NIECE
Oh ! dieu ! qu'il est pénible d'avouer ce qu'un instant maudit nous fit envisager comme si doux! pardonnez-moi de l'avoir trouvé aimable ; ah ! qu'il était aimable ! c'est le premier homme qui me pressa la main avec ardeur, dont les yeux cherchèrent les J
miens, qui me jura qu'il m'aimait. Et en quel temps? M
au moment où mon cœur froissé d'une manière ^ inexprimable par la perte la plus cruelle, se fondait en larmes amères, et était devenu si tendre! lorsque dans le monde désert, à travers les nuages delà douleur, je n'apercevais autour de moi qu'absence et chagrin. Il me parut alors semblable à un ange , l'homme que j'avais déjà respecté dans mon enfance, il me parut un consolateur. Il serra son cœur contre le mien. J'oubliai qu'il ne peut jamais devenir mon époux... qu'il vous appartient.... — Le voilà dit mon secret ! vous détournez de moi votre visage ! haïssezmoi, je le mérite j repoussez-moi j laissez-moi mourir! ( elle se jette sur un siège. )