ACTE III , SCÈNE VI
LE CHEVALIER
Que veut dire ceci ? Laissez-moi partir.
LE COMTE
Jamais, si je ne devais te quitter qu'après l'épuisement de ma joie , ô mon excellent ami !
LE CHEVALIER
Explique2i-vous ; vous me confondez.
LE COMTE
Te rappelles-tu comment le chanoine a nommé le deuxième grade?
L'épreuve , je crois.
LE COMTE
C'est cela. Eh bien ! tu en es sorti victorieux. .
LE CHEVALIER
Expliquez-vous .
LE COMTE
Laisse-moi d'abord t'exp rimer l'excès de ma joie par ces embrassemens.
LE CHEVALIER
Je demeure muet*
LE COMTE
Que j'ai joui rarement de ce bonheur ! que je te féUcite y que je me félicite moi-même!
LE CHEVALIER
Ne me laissez pas plus longtemps dans l'incertitude.
LE COMTE
Tu t'es tiré avec gloire de l'aventure la plus bi-
sarre; lu l'es donné à loi-meme la dignité de maître; tuas enlevé comme d'assaut les avantages du troisième grade.
Je suis toujours dans le doute et la perplexité.
LE COMTE
Je désirerais maintenant que ton esprit t'expliquât ce que ton cœur a mis en pratique; avec un peu d'attention tu le feras facilement. Quelles étaient tes espérances comme apprenti du premier grade?
LE CHEVALIER
De devenir meilleur que je ne suis , et, par votre secours, de mettre en pratique le bien, que je sais distinguer du mal.
LE COMTE
Et qu'appris-tu quand tu entendis, de la bouche du chanoine, les principes du deuxième grade?
LE CHEVALIEB.
J'appris avec horreur que, jusqu'alors, vous n'aviez fait que dissimuler, et que vous trompiez les apprentis; que l'on voulait transformer ceux que vous appelez compagnons, en hommes politiques, en égoïstes ; arracher de leur cœur les plus tendres sentimens de Tamitié, de l'amour, de la loyauté, qui y sont enracinés profondément , et en faire , je ne crains pas de le dire , des hommes bas , vils et médians. Vous savez avec quelle horreur j'ai repoussé cette métamorphose. Je n'ai plus rien