VIU INTRODUCTION
Cette popularité fut immense. Une foule d'admirateurs fanatiques Tenvironnaient sans cesse, ne supportant pas la moindre ci'itique qui s'adressait à l'objet de leur cuite. L'enthousiasme prenait toutes les formes, et des formes espagnoles, c'est-àdire quelquefois un peu emphatiques. Ainsi, par, exemple, au frontispice d'une édition de ses Œuvres, fut gravé un escarbot expirant sur des fleurs qu'il est sur le point d'attaquer ; et, comme commentaire de cet emblème, était écrit au-dessous le distique suivant :
Audax dum Vegx irrumpit scarabmu in kortoty Ftagrantii periit vicias odore roue,
« Insecte assez hardi pour attaquer les jardins de (la) Vega, tu expires vaincu par les parfums de la rose. »
Cette admiration du public redoubla quand le pape Urbain VIII lui eut écrit de sa' propre main, en le revêtant de la dignité d'intendant honoraire de la chambre apostolique. On vit le cardinal Barberini marchant à sa suite dans les rues de Madrid ; Philippe 111 faisait arrêter son carrosse pour le regarder ; on accourait de toutes les parties de l'Espagne et même d'Italie, pour contempler le phénix des esprits, la merveille de la nature. Il est désigné sous le premier titre (fenix de los ingenios), dans un acte notarié de l'an 1610. Cervantes, réduit à faire lui-môme l'éloge de ses pièces qui ne pouvaient obtenir d'éditeur, rendait hommage à Lope en ces termes, dans le prologue de ses comédies imprimées en 1614 : « Le prodige de la nature, le grand Lope de Vega, s'empara alors du sceptre de la comédie, assujettit et soumit à sa juridiction tous les acteurs, remplit le monde de pièces qui réunissaient la convenance du style, rheureux choix des sujets, l'éloquence dans le dialogue ; il en composa une si grande quantité qu'il a écrit plus de dix mille feuilles, etc. »
Ce moment fut sans doute l'époque la plus heureuse de la vîc do Lope de Yoga. 11 sentait tout le prix de ce bonheur avec sa sensibilité ordinaire, et on retrouve avec charme l'émotion vraie du père ot do l'époux dans la description de son intérieur, (ju'il adresse à un ami, le docteur Mathias de Parras, à Lima.
« Les tempêtes de Tamour étaient enfin apaisées, dit-il, j'étiiis enlin délivré de ses fureurs. Je voyais, chaque matin à